De prime abord destiné aux collectionneurs, le salon Paris Photo s'inscrit dans le cadre plus large et plus grand public du Mois de la photo. Désormais jumelée avec Vienne et Berlin, cette manifestation parisienne propose une soixantaine d'expositions réparties sur 18 arrondissements, dont une bonne part se prolongera jusqu'à mi-décembre, voire mi-février. La pompeuse thématique retenue, «Histoire, histoires, du document à la fiction», n'a d'autre fonction que d'englober la multiplicité de thèmes, genres et époques proposés par les musées, galeries et fondations de la capitale.

Le Mois de la photo fournit l'occasion de découvrir, ou redécouvrir, un lieu qui ne se destinera à l'avenir qu'à la photographie: le Musée du Jeu de paume, sur la place de la Concorde. Dépositaire des collections de l'Etat français, il a puisé dans ses fonds pour présenter une brève histoire de la photographie en trois chapitres, sous le titre passe-partout et pas trop risqué de L'Ombre du temps. La partie «Documents/ Monuments» aborde les questions liées à l'esthétique documentaire, notamment avec de superbes ensembles d'Eugène Atget et de Robert Frank. «Expérimentation sur le médium» explore les limites de la technique photographique grâce à Rodtchenko ou les vidéos de Dan Graham et Bill Viola. «Splendeur et misère du sujet» s'intéresse aux incertitudes de la représentation du sujet humain, autant de doutes incarnés par Cindy Sherman, Roni Horn ou les films de Bruce Nauman.

L'exposition du Jeu de paume inclut une série impressionnante de photos des époux Becher, connus pour leurs usines et châteaux d'eau cadrés de face, en noir et blanc, sur fond gris clair. Le Centre Pompidou rend hommage à ces père et mère de l'actuelle école allemande, auxquels les Gursky, Ruff ou Struth, si ce n'est les Koch et Diergarten exposés à la galerie Esther-Woedrhoff, doivent beaucoup.

La Maison européenne de la photographie, dans le Marais, accueille à elle seule cinq expositions, dont une, insolite, est consacrée aux représentations de l'occultisme. La Bibliothèque nationale propose deux émouvantes, quoiqu'éprouvantes, rétrospectives du reporter Robert Capa et de l'Agence France Presse, la fameuse AFP. Encore un mot pour les petites fumées chronophotographiques d'Etienne Jules Marey et le rayonnement artistique d'Alfred Stieglitz au Musée d'Orsay, et brisons là, tant est riche le gâteau du Mois de la photo.

Rens. http://www.mep-fr.org et http://www.2004.photographie.com