Festival

Des historiens du monde entier veulent conquérir Genève

Les premières Rencontres historiques de Genève commencent jeudi. Tables rondes, cafés littéraires, conférences veulent présenter Clio sous ses atours les plus séduisants. L’ambition des organisateurs? Rappeler que l’histoire fournit des outils de lecture de l’actualité. Plus de 10 000 spectateurs sont attendus

Le Festival de Cannes des historiens commence jeudi. Pendant trois jours, des sommités du monde entier participeront dans les enceintes de l’Université à la première édition d’Histoire et Cité, les rencontres historiques de Genève. Pas de Rolls-Royce, certes. Ou de bacchanale sur la plage en contemplant le Jet d’eau. Mais les patrons de la manifestation, les historiens Pierre-François Souyri, Micheline Louis-Courvoisier et Françoise Briegel, ont vu grand.

Leur casting en impose qui compte, entre autres, Michel Winock et la Britannique Margaret MacMillan. Le spectacle, lui, allèche, avec ses dizaines de tables rondes, conférences, cafés littéraires. On y parlera aussi bien de la fortune du pacifisme que du rôle de Wikipédia dans la construction d’un savoir; mais encore de l’engagement des écrivains – avec le Genevois Yves Laplace. Trop gros? Trop dispersé? Les maîtres de cérémonie revendiquent cette boulimie. Ils l’ont articulée autour d’un thème: «Construire la paix.» Et ils espèrent plus de 10 000 personnes sur trois jours.

Le Temps: Quelle est l’origine de ces Rencontres? Françoise Briegel: Le projet est né en 2011 pour répondre à un besoin du public. Nous avons constaté au sein de la Maison de l’histoire, centre de recherche qui existe depuis 2008, que certaines conférences pouvaient attirer jusqu’à mille personnes. Sans surprise, celles qui marchent le mieux sont celles qui traitent d’un sujet d’actualité, qui lui apportent un éclairage documenté. Nous avons donc proposé le projet au recteur de l’Université, Jean-Dominique Vassalli, qui s’est montré enthousiaste à l’idée de faire de Genève une capitale culturelle pendant quelques jours.

Aviez-vous un modèle?

– Oui, Les Rendez-vous de l’histoire de Blois. C’est une énorme foire, avec des éléments de grande qualité, d’autres moins. N’empêche que ce festival lancé en 1998 réunit pendant trois jours de 30 000 à 40 000 passionnés, étudiants, enseignants, lecteurs. Nous avons noué avec nos collègues de Blois un partenariat intellectuel. Notre ambition est de reproduire à Genève cette densité de curiosité autour de notre discipline.

Pour quel public?

– Le plus large possible. Mais aussi les jeunes, d’où un focus sur la bande dessinée historique.

En quoi vous distinguerez-vous des Rendez-vous de Blois?

– Nous avons le souci de ne pas nous circonscrire à l’Europe, mais de couvrir toutes les aires géographiques et culturelles, notamment l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique latine.

Il existe déjà à Genève les fameuses Rencontres internationales nées après la Seconde Guerre mondiale et présidées notamment par Jean Starobinski, Georges Nivat, Philippe Burrin. Est-ce que vous ne risquez pas de faire doublon?

– Notre formule se veut plus interactive que celle des Rencontres internationales. Nous voulons faire une large place aux questions du public. Notre but est de toucher une large audience de profanes et de lui faire comprendre que l’histoire est un outil critique, pas seulement une accumulation de savoirs.

Ces Rencontres répondent donc à une ambition politique?

– Absolument. Nous voulons rappeler qu’un événement ne peut se comprendre qu’à condition de lui restituer sa complexité. Nous voudrions aussi stimuler ce que j’appelle le décentrement. Une compréhension d’une situation donnée au Moyen Age par exemple peut fournir des clés pour déchiffrer une problématique contemporaine.

La manifestation ne risque-t-elle pas de donner une image fausse d’un métier dont la part ingrate et obscure est importante?

– La dimension laborieuse et minutieuse de notre métier est difficile à faire apparaître. Ce qu’on privilégie donc, c’est davantage le rendu que la démarche. Mais nous proposons des ateliers ouverts au public où il pourra se familiariser avec nos méthodes, sur les périodes antique et médiévale. Alors oui, nous sommes sur une ligne de vulgarisation, mais nous avons le souci de suggérer le travail que tout discours sous-tend.

Est-ce que ces Rencontres sont appelées à se répéter?

– Pas l’an prochain, c’est une certitu­de. Parce qu’il faut au moins deux  ans pour monter une telle opération. Nous ferons d’abord le bilan avec le rectorat. Mais on peut imaginer une deuxième édition en 2017.

Si vous deviez recommander à vos amis trois événements?

– Je privilégierais tout d’abord la table ronde consacrée aux formes de réparations et de réconciliations après des conflits armés – vendredi, à Uni Bastions, de 14h30 à 16h. Mais également la lecture, jeudi, de l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop, qui devrait évoquer l’influence des Printemps arabes sur l’Afrique – Uni Dufour, de 16h30 à 18h. Et enfin toutes les expositions des élèves des écoles, notamment Les Origamis pour la paix à Uni Bastions.

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