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cinéma

Hitchcock par le petit bout de la lorgnette

«Hitchcock» saisit le «maître du suspense» durant le tournage de «Psychose». Un regard superficiel qui réhabilite surtout la femme de l’ombre

Si le simple nom de Hitchcock associé à celui d’Anthony Hopkins suscite en vous de folles attentes, autant les doucher tout de suite. Malgré une typiquement «grosse» performance de l’acteur qui fut déjà Nixon et Picasso, le Hitchcock de Sacha Gervasi (qui?) est un biopic des plus minces. Un film amusant, par simple effet de reconnaissance style name dropping, mais aussi des plus superficiels dans son approche d’un des grands génies du 7e art.

Longtemps, le personnage public qu’était par ailleurs devenu Alfred Hitchcock grâce à son sens aigu de la publicité avait caché l’auteur. Hissé à sa juste place par la critique française, il est ensuite devenu la proie des biographes anglo-saxons qui se sont surtout attachés à révéler sa «face cachée»: en gros, un frustré qui sublimait ses tendances perverses à travers ses films. Avec un biais féministe déjà plus original, c’est l’approche que privilégie ce film, pourtant inspiré d’une excellente étude de Stephen Rebello sur le tournage de Psychose (Alfred Hitchcock and the Making of Psycho, 1990).

Cela dit, dresser le portrait du cher Alfred à ce moment clé est une excellente idée. A 60 ans, au faîte de sa popularité grâce à sa série TV Alfred Hitchcock présente et au triomphe de La Mort aux trousses (1959), il aborde avec une certaine lassitude et appréhension la dernière phase de sa carrière. Fasciné par le cas Ed Gein, tueur en série nécrophile arrêté un peu plus tôt, il décide d’y puiser la matière de son nouveau thriller, mais se heurte à l’incompréhension de tous: agent, studios et censure. Il tient bon, allant jusqu’à financer lui-même ce qui va devenir un chef-d’œuvre indiscuté.

Un joli album d’anecdotes

Mais si le sujet paraît mûr pour un examen approfondi, Hitchcock en reste à l’anecdote. La méthode est des plus simples: une scène pour la passion des blondes, une autre pour le voyeurisme; une pour l’homosexualité d’Anthony Perkins, une pour la relégation de «l’infidèle» Vera Miles, etc. Le ciment du scénario? Une crise de couple feutrée, qui voit la fidèle compagne et collaboratrice Alma Reville (Helen Mirren, superbe) s’éloigner pour coécrire un scénario avec le charmant Whitfield Cook, ce qui rend Hitchcock jaloux. Le clou du film? Le tournage de la fameuse scène de la douche, qui fait coïncider de manière quelque peu grotesque ses obsessions érotico-macabres.

Dramatisées ainsi, les circonstances de ce film charnière ne parviennent pas à éclairer grand-chose du génie singulier du «maître du suspense». On s’amuse surtout à vérifier ce qu’on savait déjà, à comparer les comédiens à leurs modèles. Platement réalisé par un ancien scénariste, le résultat se laisse certes regarder. Mais il ne possède même pas la profondeur psychologique du comparable My Week with Marilyn, qui tirait plus grand profit du tournage d’un film pourtant mineur: Le Prince et la Danseuse de Laurence Olivier…

VV Hitchcock, de Sacha Gervasi (Etats-Unis 2012), avec Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson, Danny Huston, Jessica Biel, Toni Collette, Michael Stuhlbarg, Michael Wincott. 1h39.

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