Ce n'est pas courant: un grand musée français s'offre un Ferdinand Hodler. Son célèbre Bûcheron, une huile de 130 x 101 cm, datée de 1910, s'en est allé, direction le Musée d'Orsay, pour la rondelette somme de 2,52 millions de francs. Si l'on considère l'ensemble des résultats de la vente d'art suisse, c'est même «fabuleux», n'hésite pas à affirmer Hans-Peter Keller, le spécialiste de ce domaine chez Christie's, au lendemain des enchères organisées par sa maison au Kunsthaus de Zurich. Des enchères qui ont vu partir 81% des lots, notamment les plus importants, pour une somme totale de 7,45 millions de francs.

La tendance se confirme. Depuis plusieurs années, les artistes suisses du XXe siècle suscitent un intérêt marqué qui s'accentue de vente en vente. Si les institutions et les collectionneurs privés helvétiques restent les acheteurs prédominants de ces pièces, un intérêt réel se dessine à l'étranger, ce dont le marketing de la maison de ventes tient compte désormais, indique Eveline de Proyart, directrice de Christie's Genève. «La participation d'un enchérisseur privé américain parmi plusieurs acquéreurs intéressés par le Hodler représente une intéressante première», souligne-t-elle.

Bientôt coté comme un Klimt?

A quoi attribuer ce mouvement? Il concerne essentiellement le XXe siècle; ainsi, lundi, deux romantiques Caspar Wolf n'ont trouvé aucun preneur. Evolution du goût, peut-être. Les grandes expositions récemment consacrées à Ferdinand Hodler y sont sans doute pour quelque chose. Et on peut imaginer aussi une anticipation sur l'évolution du marché: le peintre suisse n'atteint pas la cote d'un Klimt. Mais un jour, qui sait?

D'abord dessiné en 1908 pour le billet de banque de 50 francs et devenu, de ce fait, une figure familière, le bûcheron est un thème que Hodler a fréquemment repris selon différentes variantes. L'une d'elles, propriété de la Confédération, figure dans le bureau de Christoph Blocher. L'œuvre considérée comme principale est exposée au Kunstmuseum de Berne.

A signaler, une exposition consacrée à «Ferdinand Hodler et Genève», présentée au Musée Rath du 22 mars au 21 août 2005. Rens.: 022/ 418 33 40 et http://mah.ville-ge.ch