Exposition

Hodler en théoricien de l’art

Grand événement de l’année Hodler, l’exposition «Parallélisme» est le fruit de la collaboration entre le Kunstmuseum Bern, ville natale du peintre, et le Musée d’art et d’histoire de Genève, sa ville d’adoption. Elle est construite à partir des théories de l’artiste

En 1897, Ferdinand Hodler donne une conférence devant la Société des amis des beaux-arts de Fribourg. Il l’intitule «La mission de l’artiste» et y développe les contours d’une théorie esthétique qu’il appelle le «parallélisme». «J’appelle parallélisme toute sorte de répétition de forme, associées à des répétitions de couleurs [sic]», précise-t-il, dans De l’œuvre en 1908. Sur ce principe théorique repose tout le parcours de l’exposition, qui cherche ainsi à échapper aux contraintes de la rétrospective ou de l’exposition thématique.

Au Musée Rath de Genève, une petite salle d’introduction sert à exposer cette théorie. On peut y découvrir le manuscrit de la célèbre conférence et contempler Le Repos, une toile de moyen format datée de 1879-1880 qui figure le peintre de dos, en pleine observation d’un paysage naturel où la verticalité des arbres le dispute à l’horizontalité des montagnes.

Variations lacustres

L’exposition est ensuite construite comme une démonstration logique: il s’agit de rendre visible, de manière systématique, l’omniprésence du parallélisme dans la pratique de l’artiste. Les sections s’enchaînent ainsi avec rigueur: «le parallélisme de la nature», dans «la figure humaine», «les principes de construction» (horizontalité, verticalité et opposition symétrique), le «parallélisme des toiles qui se répondent», celui «des sentiments», et, enfin «l’essentiel». Ainsi énoncé, le concept de l’exposition pourrait sembler platement didactique. Mais il permet au contraire de construire un parcours qui rend intelligibles les logiques de travail qui sont à l’œuvre, dès la fin des années 1870, dans la production hodlérienne.

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Il permet même d’articuler une approche théorique, et sensible de son travail. Une salle étonnante oppose par exemple frontalement compositions verticales et horizontales. Et par-delà cette volonté démonstrative, l’exposition ménage aussi de nombreux moments de grâce, telle la dernière salle du parcours qui multiplie les variations sur le thème du paysage montagneux et lacustre.

Si l’on pense aux écrits de Signac qui, dans D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, en 1911, abordait des problèmes complexes de couleurs et d’optique, aux textes critiques de Vallotton, ou à d’autres productions conceptuelles de la même époque, la théorie hodlérienne du parallélisme semblera à dire vrai peu originale, et très générale: le peintre insiste sans distinction sur toutes les formes de répétitions, qu’on les trouve dans la nature ou le corps humain, et il y inclut les jeux de symétrie.

Modernité synthétique

«S’il a beaucoup écrit, cela a toujours été dans le but de préciser pour lui-même, et parfois pour le public, le sens de sa vision picturale ou l’idée générale qu’il se fait de son métier. Il fait partie des artistes qui s’expriment à l’ombre de leur pratique», soulignaient ainsi Diana Blome et Niklaus Manuel Güdel dans l’avant-propos de ses Ecrits esthétiques parus en 2017: on ne trouvera dans le principe du «parallélisme» nul bouleversement de la pensée esthétique au tournant du siècle.

Mais si la réhabilitation de Hodler en théoricien n’est pas forcément convaincante, cette exposition montre avec brio comment la persistance de ce principe de composition l’amène, dans les années qui précèdent sa mort en 1918, à une modernité picturale hautement synthétique, et qui ouvre grand la voie à l’abstraction.


«Hodler//Parallélisme», Musée Rath, Genève, jusqu’au 19 août.

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