Dans un monde stylisé en noir et blanc, une ébauche d’homme prend l’ascenseur qui mène au musée imaginaire. Il y découvre Le Christ mort, de Holbein (1522), cette peinture mortifère représentant le corps de Jésus enfermé dans la tombe. Une voix off s’élève: «Les morts nous hantent. Les Suisses ont peint plus de cadavres que de Christ, plus de corps morts que de nus»… Par associations d’idées, les écluses du sens et de la symbolique s’ouvrent. Rebondissant de tableau en tableau, la célébration passe par les rudes visages de l’école de Savièse, escalade des roches hodlériennes pour substituer, au terme de cette mise à nu de la psyché nationale, l’homme debout au dieu couché…

Mine méconnue

Pendant quatre ans, Jacob Berger (Un Juif pour l’exemple) a fourni la «chronique du cinéaste» à la RTS pour laquelle il brassait et juxtaposait les images. Se souvenant de Ways of seeing, le livre de son père John, une référence en matière d’histoire de l’art, il reconduit l’approche dans Ceci n’est pas un tableau. Les frères Guillaume, Frédéric et Samuel (Max et Co), mettent en scène ces évocations inspirées de la peinture suisse, mine méconnue «d’une richesse incomparable».

Outre Le Christ mort, les réalisateurs ont mis en scène Le Grütli moderne (1887) de Hodler et La Blanche et la Noire (1913) de Valloton. Ces trois courts-métrages de dix minutes, dans des tonalités différentes (métaphysique, politique, amoureuse), concentrent chacun une cinquantaine d’œuvres dans un enchaînement de correspondances stimulantes. Le brelan initial pourrait se transformer en collection, accompagnée de fichiers cross-média pour évoquer l’histoire de chaque œuvre. Le projet est enthousiasmant.


«Ceci n’est pas un tableau», de Jacob Berger, Frédéric et Samuel Guillaume. Soleure, Kino in Uferbau, lu 23, 15h.