«Conduire» le lecteur devant une poésie «indubitable et secrète», qui dans «sa présence, sa beauté, sa netteté formelles» est «comme un chêne où la plus petite feuille, la plus fine ramure ajoutent leur frémissement à la grande voix de l'arbre prophétique sans cesse tourmenté par les souffles du futur»: voilà à quoi aspire et ce que réalise Gustave Roud dans les Poèmes de Hölderlin qu'il traduit et présente chez Mermod en 1942. Ce livre unique par le bonheur du choix, la profondeur de l'intuition poétique, la musicalité et l'harmonie de la langue, vient d'être réédité par les soins de Philippe Jaccottet. Il y ajoute, avec un sobre mais très éclairant commentaire, les trois poèmes traduits après la parution du volume et les modifications apportées au texte en vue de l'édition de la Pléiade de 1967. Même si l'édition de son œuvre a fait des progrès, et si la traduction est aujourd'hui envisagée différemment, nul n'a jamais rendu les vers de Hölderlin avec autant de ferveur et d'intime justesse. Et comment le connaître ou le redécouvrir mieux que par un interprète qui est lui-même un grand poète?