Ce serait un motif surréaliste: un paillasson au milieu de nulle part, de préférence sur un terrain inculte et poussiéreux. Pour souligner l’absurdité de la chose, mettons-en deux côte à côte. Et pour y ajouter une touche désespérante, remplaçons les nattes de paille par deux dépouilles porcines… Derrière le crâne au poil dru, le cuir laminé se confond avec le sol. Toi qui frottes tes pieds sur cette pauvre chose abandonne tout espoir: tu arrives à Ostrov.

Cette île de la mer Caspienne a jadis été florissante. Elle abritait une importante industrie piscicole. Puis tout est parti en quenouille et les derniers habitants survivent tant bien que mal dans leur no man’s land sans route ni électricité. Les permis de pêche leur ont été retirés, les forçant à braconner, profitant de la houle et du brouillard pour feinter les garde-côtes, risquant leur liberté, voire leur vie à chaque sortie en mer. Ils s’entassent dans leurs gourbis, boivent pour oublier, vivent dans le souvenir des années glorieuses et de la grandeur passée de l’Union soviétique («Lénine a rendu tous les gens égaux, maintenant l’inégalité est de retour»). Ils nourrissent de minuscules rêves d’avenir comme aller travailler dans un sushi bar du littoral…