décès

Hommage à Roger Francillon

«Salut à l’ami!»: l'adieu de Philippe Jaton à Roger Francillon, professeur à l'Université de Zurich, auteur d'une fameuse «Histoire de la littérature en Suisse romande»

Le professeur de littérature française Roger Francillon est mort. Au début des années 1990, il s’était rendu au Caire et à Alexandrie pour donner une conférence sur C. F. Ramuz. Dans la presse francophone du Caire, son arrivée avait été signalée par l’annonce d’une conférence sur «Rambo». Cette même presse avait en revanche magistralement souligné son départ en ces termes lapidaires: «Le Professeur Francillon a quitté Le Caire.» Cette double évocation le réjouissait, lui l’éminent bellettrien. A vrai dire, la concision, sans autre précision, de l’annonce de son départ d’un pays sans rapport direct avec son enseignement montre de manière éclatante la renommée dont il bénéficiait loin à la ronde, alors que la confusion sur le nom de notre plus célèbre écrivain relativise la transmission du savoir.

Des assistants devenus professeurs

C’est peut-être parce qu’il savait la difficulté de transmettre que Roger Francillon, grand intellectuel et esprit élevé, mais aussi homme de cœur, a consacré sa vie à former des étudiants en lettres à l’Université de Zurich en remplissant les auditoires, performance rare et inégalée! Imprégnés de son enseignement, plus d’un de ses assistants sont devenus à leur tour professeurs d’université en Suisse romande.

Fils et frère de paysan, il avait le sens de l’hospitalité. Bien que premier de classe, rôle difficile à tenir, il recevait déjà, collégien à Lausanne, ses amis chez lui à Daillens où sa mère préparait d’énormes gâteaux à goût de «reviens-y». Devenu dix-septiémiste, il savait tout sur Molière et Mme de La Fayette. Sans forfanterie aucune, il a toujours été généreux de sa personne et de ses connaissances et fidèle en amitié. S’il aimait s’exprimer et qu’il le faisait particulièrement bien, il aimait aussi les gens. Il savait créer des climats de confiance et c’est pourquoi il a été appelé à de nombreuses présidences, telles par exemple à Lausanne celles du Cercle littéraire, du Prix de littérature Michel-Dentan, de l’Association des amis de Benjamin Constant ou de la Fondation Ramuz à Pully.

Une curiosité de chaque instant

Il y aurait encore tant à dire sur sa vaste culture, sa mémoire prodigieuse, sa curiosité intellectuelle, son goût du théâtre, sa capacité de synthèse, sa force de travail, sa conscience professionnelle, son inépuisable disponibilité. Il aura marqué la vie littéraire par sa personnalité, ses écrits, ses publications, ses entreprises éditoriales comme les Œuvres complètes de Ramuz ou l’Histoire de la littérature en Suisse romande, toutes démarches dirigées vers les autres. La tristesse est immense aujourd’hui, mais sa mémoire restera vivante.


Philippe Jaton est avocat, président de l’Association pour l’«Histoire de la littérature en Suisse romande».

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