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Kim Min-hee et Kwon Hae-hyo dans «Le Jour d'après», de Hong Sang-soo.
© DR

Festival

Des hommes, des femmes et du soju

Le festival genevois Black Movie projette «Le Jour d’après», du Coréen Hong Sang-soo, un cinéaste précieux mais trop peu diffusé

Plus de 120 films sont au programme de la 19e édition de Black Movie. Parmi lesquels une bonne moitié d’œuvres inédites en Suisse. Plus que jamais, le festival genevois s’avère salutaire pour quiconque souhaite découvrir des productions – en majorité extra-européennes – jugées trop peu commerciales pour être officiellement distribuées. Réunis dans une section baptisée «Les Résistantes», neuf films on ne peut plus d’actualité proposent des histoires de femmes fortes et rebelles. Du documentaire congolais Maman Colonelle à la comédie romantique israélienne Throught the Wall, ils contribuent tous à casser les schémas d’hyper-masculinité trop souvent véhiculés par le cinéma.

Lire aussi:  Black Movie, quand le monde s’assombrit

On peut également compter sur Black Movie pour suivre avec fidélité de grands cinéastes salués à travers le monde mais peu diffusés en dehors du circuit des festivals. C’est ainsi qu’une année après avoir projeté Yourself and Yours, de Hong Sang-soo, le festival propose cette année Le Jour d’après, du même prolifique cinéaste, auteur de 21 longs-métrages en à peine plus de deux décennies de carrière. Un cinéaste que l’on pourrait qualifier de Rohmer coréen pour aller vite, et qui malgré de nombreuses récompenses – entre autres, Prix Un Certain regard au Festival de Cannes 2010 pour Hahaha et Léopard d’or à Locarno en 2015 pour Un jour avec, un jour sans – reste trop peu connu du grand public. Alors que ses films, au-delà de leur ancrage coréen et de leur esthétique minimaliste (Hong travaille principalement en plans-séquences et use de panoramiques et du zoom comme seuls effets de style), ne font que parler de manière très large des relations hommes-femmes.

Budgets modestes

Le Jour d’après, dévoilé l’an dernier à Cannes en compétition officielle, est une tragicomédie en trois actes – plus un prologue et un épilogue – pour quatre personnages. Prologue: Bongwan déjeune de bon matin lorsque sa femme Changsook, qui soupçonne une infidélité, décide de le cuisiner. Il nie. Acte I: Bongwan, qui dirige seul une micromaison d’édition, accueille Areum, sa nouvelle assistante. Acte II: Changsook débarque et accuse Areum d’être la maîtresse de son mari… On taira la suite, tout en signalant que le récit, qui flirte merveilleusement avec le marivaudage, va ensuite voir apparaître l’ancienne assistante de Bongwan. Le tout est filmé en noir et blanc, comme pour souligner l’intemporalité de ce qui est raconté, et parsemé de brusques coupes interrompant la linéarité de l’histoire. Comme toujours chez Hong, on y boit aussi beaucoup de soju.

A la manière de ce qu’a parfois pu faire Godard, Hong est connu pour écrire ses scénarios au fur et à mesure du tournage. Et s’il tourne autant, c’est parce qu’il est capable de boucler un film en trois semaines maximum pour des budgets allant de 50 à 100 000 dollars. Mais malgré cette urgence, il est un fin dialoguiste (on en a du moins l’impression même en se contentant de lire des sous-titres forcément plus pauvres que les répliques originales) de même qu’un excellent directeur d’acteur. Sa méthode? «Elle est faite de surprises et de mystères pour l’acteur, mais en même temps de confort», nous disait Isabelle Huppert il y a cinq ans, alors que Black Movie montrait un autre de ses films sélectionnés à Cannes, en l’occurrence In Another Country, qui voyait le Coréen diriger la comédienne française dans trois histoires distinctes.

Acteurs stars

Alors que les Editions De L’incidence publient un ouvrage collectif intitulé Les Variations Hong Sang-soo, la revue Positif consacre son grand dossier de janvier au réalisateur en parlant joliment de «réel insaisissable» pour qualifier une œuvre d’une extrême cohérence. On y apprend notamment que Hong dirige des acteurs qui sont de véritables stars en Corée, et que ses films sont «abondamment discutés dans la presse locale qui s’accorde sur leur qualité artistique, à défaut d’inviter le plus grand nombre à les découvrir». Ou encore que s’il est en effet souvent comparé à Rohmer mais aussi Bresson, son cinéma doit également beaucoup au Japonais Yasujirō Ozu.

Reste que ce qui frappe avant tout, au-delà de ces nobles références, c’est l’universalité des histoires qu’il met en scène avec une économie de moyens dont le cinéma suisse gagnerait à s’inspirer.


Black Movie, Genève, du 19 au 28 janvier.

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