«Parmi les étoiles», portrait d'une jeunesse en errance à Hongkong, est le deuxième long métrage du Chinois Chang Wai-hung. Sans artifices, c'est un film secret, qui ne se dévoile qu'au bout de la première demi-heure. Mise en scène tendre et juste d'anciens amis ou amants pleins de doutes, cette œuvre candidate au Regard d'or, dimanche, séduit par sa simplicité. Rencontre sous la tente du festival, avec un homme posé et avide de découvrir à Fribourg l'intégrale du cycle latino-américain; des films qu'il ne peut pas voir chez lui.

Le Temps: Doug, jeune homme en quête d'identité amoureuse, apprécie la poésie. Un personnage autobiographique?

Chang Wai-hung: Pas vraiment. Doug incarne un état d'esprit que traversent la plupart des hommes trentenaires de Hongkong: ils vont d'une femme à l'autre en se posant mille questions mais ne se livrent jamais, se protègent trop. Et cela les rend malheureux.

– Votre film est truffé de poèmes. Pourquoi?

– Aujourd'hui, à Hongkong, personne n'ose faire de la poésie. Les gens sont embarrassés, ont honte de s'exprimer. Pourtant, relire vos propres poèmes, même ratés, vous fait avancer. Peu à peu, vous apprenez à vous écouter, à vous ouvrir au monde. C'est une sensation magnifique. J'ai écrit moi-même tous les poèmes du film. J'ai pioché dans ce carnet qui m'accompagne partout [il montre des pages remplies de caractères chinois, de ratures].

– «Parmi les étoiles» est le deuxième volet d'une trilogie.

– C'est un hasard. Mon premier long métrage, Yue weilao (After the Crescent), se déroule durant une nuit de pleine lune. Parmi les étoiles, comme son nom l'indique, est criblé de métaphores stellaires. Lorsque j'ai raconté le scénario à des amis, ils m'ont suggéré d'en tirer parti et de tourner une trilogie sur les astres. Mon troisième film sera consacré au soleil. J'ai une vision très naïve des rapports humains. Les gens sont comme des étoiles: ils ne se connaissent pas mais s'influencent les uns les autres d'une manière très subtile. Les relations entre les hommes et les femmes, ce n'est peut-être qu'un jeu céleste.

– Depuis la rétrocession de 1997, le cinéma de Hongkong traverse une crise sévère…

– Beaucoup de réalisateurs sont partis à Hollywood, John Woo en tête. Le Hollywood asiatique, aujourd'hui, c'est la Corée du Sud. La production à Hongkong est effectivement très faible, et la distribution pose des problèmes. La production locale n'est projetée que dans les cinémas crades et puants de la banlieue. Mais nos principaux soucis sont financiers. Parmi les étoiles a été réalisé avec un budget d'environ 100 000 francs suisses, alors que le budget minimum pour un film commercial est de plus de 240 000 francs suisses. Par contre, la censure pose moins de problèmes que prévu, à moins que vous ne traitiez d'un sujet ouvertement politique.

– Hollywood vous tente?

– Je ne partirai pas avant d'avoir réalisé les cinq ou six scénarios que j'ai en tête. Ils traitent de gens locaux, qui vivent leur vie sur l'île. Après, je larguerai peut-être les amarres. Mais je ne suis pas un Jackie Chan, à l'identité internationale. Les cœurs de mes personnages restent fidèles à Hongkong.

Parmi les étoiles (Huo xing gui ji), Hongkong, 2000.

Sa 17 mars à 20 h 30 au Rex, Fribourg.

Réservations: 026/341 08 35.