Danse d’avenir à Genève

Spectacle Un festival célèbre la relève

Si on vous dit Anne Juren et Alessandro Sciarroni, vous resterez coi. Normal, ces chorégraphes et performers sont à l’aube de leur carrière. Il n’empêche qu’ils ont déjà tapé dans l’œil d’un certain nombre de directeurs de salles européens. A la tête de l’Association pour la danse contemporaine à Genève, Claude Ratzé les programme mardi et mercredi dans le cadre d’un festival consacré à la relève. Le rendez-vous s’appelle Hop’là! Il n’y a que des surprises, marquantes à en juger par ce qu’on a vécu vendredi.

Cette expérience, on ne l’a jamais faite. Il est 19h18, dans le foyer de la Salle des Eaux-Vives. Dans deux minutes, on doit assister au Triomphe de la renommée, solo de la chorégraphe et danseuse suisse Marie-Caroline Hominal. «Vous allez rougir», lance notre hôtesse. Surprise, il n’y a personne. Serait-ce un guet-apens? Mais voici que cette même hôtesse nous entraîne vers la loge de l’artiste. Elle nous y attend.

Mais la porte se referme. Et l’actrice se dresse devant nous, à un mètre, hiératique et tentatrice telle une courtisane baudelairienne dans son manteau or qui laisse affleurer une peau de chamois. Son visage est pétrifié: un masque. «Asseyez-vous», dit une voix qui sort d’une boîte noire et poursuit, méthodique: «J’ai envie de me promener avec vous…»

L’i nterprète, ce fantôme

D’où naît l’émotion? De la nudité de l’actrice? Certes. Surtout, Marie-Caroline Hominal touche à l’âme du théâtre. Sous son masque, elle est elle-même et personne. Elle fait don de sa présence et affirme que l’espace théâtral est sacré, c’est-à-dire protégé et hanté; qu’il est fondé sur un jeu de dupes consenti entre l’acteur et le public, sur un échange symbolique qui unit dans l’instant, mais qui n’engage à rien pour la suite. Cette économie du désir suggère qu’un interprète est d’abord un fantôme, le double d’une figure rêvée – figure qui regarde chacun. A la fin, elle se couche devant vous et ouvre un cahier. «Votre nom?» demande-t-elle. Le Triomphe de la renommée est promis à un beau destin. C’est aussi un titre-talisman pour un festival qui drague l’avenir.

Hop’là!, Genève, Salle des Eaux-Vives et Théâtre de l’Usine; jusqu’au 28 mai; www.adc-geneve.ch