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classique

Horowitz fantasque et immortel dans Liszt

Sony rassemble en un coffret de 4 CD la plupart des enregistrements du pianiste russe consacrés au compositeur hongrois. Entre fulgurances, errances et émotion pure

Genre: classique
Qui ? Franz Liszt
Titre: Horowitz plays Liszt
Chez qui ? (4 CD Sony Classical/Sony)

Vladimir Horowitz, bien sûr. Une signature. Un esprit. Un piano qui sonne comme nul autre. Sony a réuni en un coffret de 4 CD la plupart de ses enregistrements lisztiens parus chez RCA et CBS. On y apprend beaucoup, sur l’art du pianiste russe, ses fulgurances, ses volte-face, ses hauts et ses bas, osons le dire. Car tout n’est pas irréprochable, dans ce coffret. Si l’on ne devait s’en tenir qu’à la Sonate de Liszt captée en public en 1976, on renverrait les discophiles à d’autres versions de référence, autrement plus abouties.

Oui, il arrivait à Horowitz de faire de l’esbroufe. De se perdre dans un méandre d’effets racoleurs. Il avait ce sens du spectacle – un vrai showman – que l’on perçoit dès les enregistrements de jeunesse, ce geste enflammé qui faisait délirer les foules. Il avait ce chic racé, un rien galvaudé parfois, qui prêtait à ses interprétations un charme irrésistible. Pour ce qui concerne Liszt, Horowitz se situait aux antipodes d’un Claudio Arrau. Il ne visait pas les cimes métaphysiques, son piano n’a jamais été aussi marmoréen, ni gras (par bonheur!), et il adorait défier le ciel pour mieux trembler – de jouissance! – au bord du gouffre. La flamme démoniaque, c’est l’un des aspects de Liszt, tiraillé entre l’empire des sens et une soif d’éternité qui font les riches paradoxes de sa musique.

Commençons par le début, soit le quatrième CD intitulé Early ­Studio Recordings. La virtuosité ailée d’Horowitz (Etude d’exécution transcendante d’après Paganini N° 2) , ses accents fiers et méphistophéliques (Funérailles, Rhapsodies hongroises N° 6 et N° 15, Danse macabre de Saint-Saëns arrangée par Liszt, avec ses propres amendements): le pianiste ne jouera peut-être jamais mieux. Mais il conservera des ressources et reviendra à cet art plusieurs fois au cours de sa carrière, pour l’approfondir même.

Instable, en proie à de sombres dépressions, Horowitz s’est retiré à plusieurs reprises de la scène pendant de longues périodes. Son retour était toujours très attendu, et l’on sent par exemple dans La Vallée d’Obermann captée en 1966 au Carnegie Hall de New York que le virtuose cherchait à envoûter la foule au fur et mesure que la péroraison approchait. Véritable mise en scène, avec des clairs-obscurs fascinants, avant le déluge final d’octaves, sauvagement martelées, comme s’il voulait fracasser le piano. Ces emportements, qui ternissent parfois ses interprétations (le Sonnet de Pétrarque 104, en 1986 ), cette délicatesse avoisinant des gestes rageurs, tel un bon garçon qui soudainement salirait sa copie, on les apprivoise au fil de l’écoute.

La Ballade N° 2 douloureuse et hagarde (New York, 1981), des Consolations d’une pureté de timbre exceptionnelle, cette Valse oubliée N° 1 que l’on entend dans cinq versions (de 1930 à 1986!), ce Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen et cette sublime Mort d’Isolde captés au soir de sa vie, touchent droit au cœur. La Sonate de Liszt ne convainc pas pleinement – la version live de 1949 est électrique mais martelée. En 1932, Horowitz avait gravé une version d’anthologie qui aurait mérité sa place dans ce coffret.

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