Auberge espagnole en plein cœur de la BBC, l'émission Later… with Jools Holland accueille chaque semaine le gratin des musiques d'aujourd'hui. Des vieux briscards du rock'n'roll circus (Tom Petty, Bob Dylan, Lou Reed, etc.) aux stars montantes (PJ Harvey ou Björk y firent leurs premiers pas anglais), tous se pressent à l'accueil chaleureux d'un maître de cérémonie rivé à son piano à queue. Lequel ne manque jamais une occasion de donner la réplique à ses invités lors de jams rhythm & blues roboratives.

Blues

Une inclination au partage que cet ancien membre du groupe Squeeze reconduit à l'occasion en studio, conviant une pléiade de ses amis stars à pousser la chansonnette au cœur de son Rhythm & Blues Orchestra. Sympathique réunion d'anciens combattants, le nouvel enregistrement de ce raout All Stars s'accompagne cet hiver d'un petit pincement au cœur: publié ces jours, Jools Holland's Big Band Rhythm & Blues contient en effet le dernier témoignage discographique de George Harrison, disparu le 29 novembre dernier.

Enregistrée le 2 octobre au domicile tessinois du Beatle, «Horse to the Water» est un blues proche du célèbre «Unchain My Heart» de Teddy Powell tel qu'immortalisé par Joe Cocker, agrémenté d'un texte sur le mode de la parabole biblique traitant des difficultés dans lesquelles se trouve «un ami». De là à y lire un testament adressé à la postérité, il n'y a qu'un pas que le timbre frêle de Harrison, alors conscient de se battre contre un mal incurable, ne saurait que renforcer.

Ultime composition du «Quiet Beatle», «Horse to the Water» clôt sur une dernière touche de sagesse orientale la carrière d'un musicien dont le répertoire solo apparaît, rétrospectivement, comme un long et patient apprentissage de l'art de mourir.

Jools Holland's Big Band Rhythm & Blues (Warner).