Musique

Hot, hot, hot, la 42e édition du Paléo

Le festival nyonnais a annoncé ce matin la venue en juillet des Red Hot Chili Peppers, The Arcade Fire, Justice, Midnight Oil, Manu Chao, ainsi que d’une belle brochette de découvertes. La programmation 2017 a fière allure, avec également un Village du Monde dévolu à l'Amérique centrale

En entrant dans la salle qui accueillait ce matin la conférence de presse du 42e Paléo Festival, ce n’est pas un stylo ou carnet de notes que l’on a reçu, mais un beau piment rouge. Le boss Daniel Rossellat, qui s’est souvenu à l’heure du café d’un récent voyage au Mexique et de quelques spécimens qui arrachent, nous a glissé qu’il ne savait pas à quel point ce surprenant cadeau était piquant. Mais le clin d’œil est joli: on devine alors d’emblée que la manifestation va accueillir les Red Hot Chili Peppers. Les Américains joueront en ouverture, le mardi 18 juillet, et c’est un joli coup qu’a réussi l’équipe de programmation du Paléo. «On en rêvait depuis très longtemps, mais ils nous paraissaient inaccessibles», souligne d’ailleurs Jacques Monnier. Afin de dignement accompagner les rockeurs, seront présents ce soir-là les Anglais de Foals et les Islandais de Kaleo.

La plaine de l’Asse accueillera également, autre belle promesse, le grand retour des Australiens de Midnight Oil, récemment reformés et qui viendront célébrer les trente ans de leur tube «Beds Are Burning» – après avoir annulé à la dernière minute leur concert prévu au Paléo en 1998. Autre come-back, mais qui tient plus du dernier et assez triste tour de piste avant disparition définitive, celui de Renaud, qui tentera d’avoir assez de voix pour transcender la nuit nyonnaise, mais pourra à n’en pas douter compter sur l’appui de son indéfectible public, qui ne pensait pas le revoir un jour debout. Manu Chao devrait quant à lui plus facilement mettre le feu à la Grande scène, tant l’ex-Mano Negra demeure ce qu’on appelle communément une bête de scène, à l’instar de Jamiroquai, qui brise cette semaine un silence discographique de sept ans et revient pour l’occasion en terres romandes, où on l’a jadis beaucoup vu promener son cirque funky-pop.

The Arcade Fire, Pixies et Temples en rock, Justice, Vitalic et Petit Biscuit en musiques électroniques, Black M, Keny Arkana, MHD et Macklemore & Ryan Lewis en hip-hop, Julien Doré, Camille et Christophe Maé en chanson: les têtes d’affiche ne manquent pas, même si aucune autre est à la hauteur des précités Red Hot Chili Peppers, habitués aux stades plus qu’aux festivals. A chaque genre, par contre, son lot de découvertes. Comme à son habitude, le Paléo a invité nombre d’artistes qui œuvrent encore dans les marges, mais ne devraient pas y rester bien longtemps.

Carpenter Brut, Alltta et Clément Bazin pour l’électro, Georgio, Alaclair Ensemble, KT Gorique pour le rap, Nowa Twins, Nova Twins et Shame pour le rock. Voilà quelques-unes des formations qu’il faudrait aller applaudir plutôt que de rester vissé à un bar quelconque. Au total, ce sont trente-neuf artistes qui se produiront sur les cinq scènes du Paléo. Parmi lesquels dix-sept groupes suisses, dont les excellents Hyperculte, Régis, Beauchamp et Jérémie Kisling. Finalement, après une cuvée 2016 plutôt moyenne, ce 42e Paléo a fière allure.

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A l’écoute du pouls des mondes

Inutile de tergiverser, on aime le Village du Monde; cette scène périphérique par sa géographie, centrale par ses ambitions, explore chaque année une aire culturelle sans succomber trop au pittoresque ou aux couleurs locales. Cette année, à travers le focus sur l’Amérique centrale, c’est un défilé de punk électro, d’urbains raffinés, de déjoueurs de stéréotypes qui s’invitent sur la scène du Dôme. Manu Chao en tête de pont, sur la Grande scène, pour présenter déjà une Amérique bricoleuse, politique, et Calypso Rose, jeune Trinidadienne septuagénaire, sur l’album de laquelle il s’est invité, pour tendre des fils invisibles entre les zones de l’Asse.


On ira découvrir, abondamment. Les incroyables chants Garifuna, ces marrons d’Afrique suspendus au Belize et au Honduras, dont la musique ressemble à s’y méprendre aux cantates sahéliennes (The Garifuna Collective et Aurelio). La puissante relecture des rituels yorubas par des électroniciens de Porto Rico, Ifé; ils n’ont peur de rien à juxtaposer les transes des tambours et des mixeurs. La douce folie sous influence de Inna De Yard, le Buena Vista Social Club jamaïcain: on s’était retrouvé chez l’un de ses membres, le guitariste Chinna Smith, à écouter toute la nuit des reggaes antiques et des blues inversés.

Le Village du Monde, comme à chaque fois, bouge les frontières. On ne sait bien où se trouve la limite entre les identités mexicaine et états-unienne à l’écoute d’Orkesta Mendoza, ensemble mené par Sergio Mendoza de Calexico qui revisite la cumbia de contrebande depuis les déserts d’Arizona; sans qu’aucun mur ne parvienne à partager ce qui relève du Nord et du Sud chez eux. Chez Delgrès, c’est encore plus complexe. Ce sont des Guadeloupéens, fascinés par Louis Delgrès, figure de l’anti-esclavagisme, par les Touaregs maliens et surtout le blues du Delta, au point que leur musique ressemble à un gumbo de La Nouvelle-Orléans.

On ne fera pas le tour de cette affiche mondialisée, mieux vaut musarder avec l’assurance d’y découvrir ce qu’on n’entend presque nulle part ailleurs. D’autant que, en dehors du Village du Monde, la world music étend aussi son règne insolent: l’incroyable création du Libanais Bachar Mar-Khalifé, les extases des Congolais Jupiter & Okwees et le bel orchestre d’afrobeat suisse Professor Wouassa. Paléo, plus que jamais, est à l’écoute des mondes. ARNAUD ROBERT


Paléo Festival, du 18 au 23 juillet. Billets en vente dès le 5 avril à 12h.

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