Cinéma

«Hotel Artemis»: réservé aux bandits blessés

Dans un futur proche et une ville ravagée, la pègre peut se faire retaper dans un hôpital clandestin. Le huis clos anxiogène s’adonne malheureusement à la violence gratuite

En 2028, hypothèse fort plausible, l’ambiance est à l’émeute dans la mégapole de Los Angeles. La raison de la colère populaire, hypothèse à nouveau valable compte tenu du réchauffement climatique et de la cupidité humaine, est la privatisation de l’eau potable. Tandis que les cocktails Molotov et les flashballs crépitent dans tous les coins, le gang des frères Sherman braque une banque, avec l’idée que le chaos urbain les aidera à s’éclipser.

Le hold-up tourne au fiasco. Les malfrats se retrouvent sous le feu des policiers. Lev est grièvement blessé. Une seule échappatoire: l’hôtel Artemis, la mutuelle de la pègre. Fondé quelque vingt ans plus tôt, l’établissement inexpugnable recèle un complexe hospitalier bénéficiant du meilleur matériel médical. Il est tenu d’une main de fer par Jean Thomas, dite «The Nurse» (Jodie Foster), secondée par Everest (Dave Bautista), une montagne de muscles. Les hôtes répondent à des noms de code aux références géographiques. Il y a là Acapulco, un abominable marchand d’armes doublé d’un infect macho, ou Nice, une tueuse à gages dangereuse comme un crotale.

La chirurgie du futur laisse songeur. Le rôle du médecin se borne à presser sur un bouton. L’intelligence artificielle scanne et pose le diagnostic, le robot opère et l’imprimante 3D imprime un nouveau foie…

Fauves meurtris

Drew Pearce est venu au cinéma en scénarisant Iron Man 3 et Mission: Impossible – Rogue Nation. Il passe aujourd’hui à la réalisation. L’histoire qu’il a imaginée pose le postulat excitant d’un havre de la dernière chance, d’une infirmerie des fauves meurtris où la patte de velours est exigée. Dans le tourbillon des émeutes, l’hôpital secret cumule en plus les dangers endogènes et exogènes. Mais las! la sonnerie qui tire The Nurse du sommeil s’accompagne d’un gros plan sur sa bouteille de whisky soulignant lourdement qu’elle a un problème avec l’alcool, donc une tragédie dans sa vie.

Les personnages sont excessifs jusqu’à la caricature: Nice est capable de faire de n’importe quel objet une arme mortelle et assomme à tour de bras les nervis du Wolf King. Ce caïd, lui aussi blessé et interprété avec finesse par Jeff Goldblum, laisse espérer une touche de subtilité. Le scénario ne lui en laisse pas la chance: c’est lui qui a jadis tué le fils de The Nurse, ce bel enfant blond que des flashbacks montrent dans les blés. Elle est vénère, la taulière. Pour un peu elle en ravalerait son serment d’Hippocrate. On a même droit à un conflit psychanalytique entre le Wolf Man et son fils, héritier trop faible pour le trône. Espérant une bonne histoire d’anticipation pessimiste, on se retrouve avec un fourre-tout de clichés flambés à la violence gratuite.


Hotel Artemis, de Drew Pearce (Royaume-Uni, Etats-Unis, 2018), avec Jodie Foster, Dave Bautista, Sterling K. Brown, Sofia Boutella, Jeff Goldblum, 1h34.

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