Roman

«Hôtel» de Marguerite Burnat-Provins

Un roman inédit de l’auteur du «Livre pour toi» est publié soixante ans après sa disparition

Genre: Roman
Qui ? Marguerite Burnat-Provins
Titre: Hôtel
Chez qui ? Plaisir de Lire, 196 p.

C’est une curiosité que cet Hôtel publié pour la première fois bien après la mort de son auteure, Marguerite Burnat-Provins, qui, née en 1872 à Arras, est morte à Grasse en 1952. Entre deux, elle a vécu en Suisse romande – son premier mari était un architecte veveysan – mais aussi, par la suite, en Syrie, au Liban, en Afrique du Nord, et notamment au Maroc, où se trame l’intrigue d’ Hôtel . Ce roman est aussi une curiosité, précisément parce qu’il est un roman et que cette artiste singulière, qui fit aussi de la peinture, est connue plutôt pour ses poèmes en prose, et notamment pour Le Livre pour toi (L’Aire bleue, 2006) dédié à son second mari, le Valaisan Paul de Kalbermatten. Pour en savoir plus sur sa vie d’artiste aventureuse et amoureuse, on peut se plonger dans la biographie que lui a consacrée Catherine Dubuis ( Les Forges du paradis , L’Aire bleue, 2010).

Disons-le d’emblée, ce roman, écrit dans les années 1930, est marqué par les clichés de son époque. L’action se déroule dans un ­Maghreb colonial où «les Arabes» servent de toile de fond exotique et sont présentés comme indolents et paresseux, voire carrément simiesques. C’est pénible à lire de ce point de vue, même si c’est révélateur d’une opinion si largement partagée à l’époque, que même une femme comme Marguerite Burnat-Provins, qui déclarait pourtant avoir du sang maure – comme le note Rafik ben Salah qui préface le livre –, n’y échappe pas.

Si l’arrière-plan «autochtone» n’est guère plaisant, il faut dire, à la décharge de l’auteure, que le premier plan, peuplé de petits Blancs, ne l’est pas d’avantage. Les personnages principaux sont des Européens égarés, troubles pour la plupart, qui ont rêvé de rencontrer grandeur et richesses aux colonies, et qui végètent, eux aussi, dans une indolente déliquescence, assurant par leur indécision chronique la ruine de l’hôtel dont il est question en titre. Celui-ci, ouvert par un dénommé Otto Lang, un Suisse alémanique que tout le monde croit Allemand et qui semble disposer de revenus sans fond, est mal construit dès le départ. Tout va à vau-l’eau dans cet établissement où l’on défait un jour ce qu’on a fait péniblement la veille; où quelques rares banquets viennent ranimer une flamme de plus en plus ténue. Dévoré par l’ennui, le jeune directeur, un protégé de Lang, trouve malin d’engrosser la fille de cafetiers voisins qui en profitent aussitôt pour tenter de faire main basse sur les biens de Lang… La médiocrité règne et il faut attendre le drame final pour réveiller ce petit monde. Un certain nihilisme, assez moderne, se dégage de cette curieuse histoire de faillite.

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