Editorial

Houellebecq alimente des théories grotesques

Michel Houellebecq est un excellent écrivain. Même quand il rate ses livres, il le fait avec talent. Soumission est un très bon livre raté. Sans doute, ce nouveau roman, qui paraît en librairie le 7 janvier, porte-t-il à son paroxysme une posture que Michel Houellebecq a prise depuis quinze ans, celle d’un écrivain provocateur qui a décidé de secouer les lecteurs en choisissant des sujets qui crissent dans le conformisme ambiant: le déclin de l’Occident, son atonie intellectuelle, sa misère sexuelle, la dissolution de ses valeurs, l’essoufflement de son système politique, l’absence d’espoir des classes moyennes, etc., etc. La sortie de Soumission coïncide aussi avec l’affirmation de sa nouvelle apparence physique, celle d’un homme marqué qui n’hésite pas à apparaître sans dentier. Avec les cheveux devenus longs, il cultive, consciemment ou pas, une ressemblance de plus en plus flagrante avec Louis-Ferdinand Céline, écrivain d’exception et imprécateur illuminé.

C’est de l’islam que parle Houellebecq dans Soumission. Ce sujet, il ne le découvre pas. Il avait été au cœur d’une forte polémique, il y a quinze ans, à la sortie de son livre Plateforme. Il faisait dire à ses personnages d’alors des critiques virulentes sur l’islam. En interview, le romancier avait repris à son compte les propos de ses personnages en forçant encore le trait jusqu’à l’insulte. Ce fut le mot de trop. Il écopa d’un procès et fut relaxé.

Mais les polémiques n’ont cessé d’accompagner ses livres. Ou de créer la surprise parce que, justement, de polémiques, il n’y en avait pas, comme pour La Carte et le Territoire, Prix Goncourt 2010. Est-ce pour dire qu’il ne s’est pas assagi? Est-ce mû par un sentiment de panique face à la situation de son pays? Au printemps dernier, il présentait à Nicolas Sarkozy, qu’il affectionne, un projet de constitution instituant la démocratie directe. «Si l’on n’adopte pas mes mesures, on court à la catastrophe», expliquait-il dans le magazine Lui. Est-ce parce que le Front national ne cesse de gagner des voix et par là banalise des idées extrêmes? Dans Soumission, il met en scène le scénario catastrophe des droites ultra européennes et américaines, jusqu’ici à faible écho, celui de la colonisation de l’Europe par l’islamisme. Malheureusement, dans son livre, islamisme devient islam. Et, surtout, il donne un écho inespéré à ces théories grotesques. Son talent opère toujours mais sert une farce délétère. Est-ce la provocation de trop?