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«House of Cards», chercher la femme

Séries TV Le feuilleton américain à succès est l’histoire d’un couple qui brise les préjugés. Chronique

En fait, dans House of Cards, nul besoin de chercher la femme bien loin: elle est là, présente, stratège. Ce en quoi la série américaine conçue par Beau Willimon établit le lien le plus direct avec sa matrice, anglaise, des années 1990. On a pu le vérifier cet été.

Face à Frank, incarné par Kevin Spacey, la Claire qu’interprète Robin Wright s’est imposée dès les premiers épisodes. L’ère de la femme de politicien potiche, juste bonne à suspendre au bout du bras pour l’exhiber dans les mondanités, est révolue. Dès le premier épisode, les auteurs posaient leur postulat par la voix de Claire: «On fait les choses ensemble. Si tu ne m’impliques pas, on est en chute libre.» Plus tard, fumant une cigarette commune, Frank précise le programme: «Il va y avoir beaucoup de nuits comme celle-ci, à élaborer des plans, peu de sommeil», elle répond: «Je m’attendais à cela. Ça ne m’inquiète pas.»

Au fil des trois saisons actuelles, la figure de Claire ne relève ni de l’ancienne cruche, ni de la harpie furibonde qui manipulerait son mâle apathique. House of Cards est aussi une belle, et cynique, histoire de couple.

Remonter à la source

Au début de l’été, l’éditeur DVD Koba a enfin publié les deux autres saisons de la série originale anglaise, To Play the King de 1993, et The Final Cut en 1995, deux histoires en quatre épisodes restées inédites dans les pays francophones. Outre le plaisir de retrouver le brillant et si machiavélique Ian Richardson dans le rôle principal, le visionnement de ces chapitres se révèle passionnant. En raison de leurs qualités, et pour mesurer ce que les Américains prennent, à petites doses, de la source. La mise à mort d’un chien, par exemple, ce moment tant cité du pilote, qui apparaissait dans la troisième volée anglaise. C’est un détail, mais il en dit long sur la méthode des auteurs américains: House of Cards façon Willimon et Fincher ne raconte pas les mêmes histoires, mais elle emprunte à la fois des trames de fond, une ambiance, un thème général, ainsi que des instantanés.

Le roman de Michael Dobbs, par lequel tout cela est arrivé, laissait déjà entendre que les femmes des politiciens jouaient un rôle significatif dans les intrigues parlementaires, ou de cour. La série britannique se montrait plus précise, donnant une grande place à Elizabeth – le modèle de Claire. Sans rien dévoiler, disons que le «chapitre final» tient même à une action stupéfiante d’Elizabeth. Si les Américains s’en inspirent, cela laisse augurer une conclusion en lame de rasoir pour la série de Netflix. Grâce à la femme. Celle dont Frank dit: «J’aime cette femme plus que le requin aime le sang.»