HR Giger a laissé tomber son crayon. Il ne pourra plus faire peur en inventant des créatures sombres, sorties des ténèbres, petits frères ou petites sœurs du célèbre Alien qui lui a valu un Oscar en 1980 et dont il était le créateur. L’artiste d’origine grisonne est décédé lundi à Zurich, des suites d’une chute. Il avait 74 ans.

Il laisse un musée à Gruyères, aux pieds des Préalpes. L’artiste grison est tombé amoureux de la cité comtale lorsque les responsables du Château l’invitent à y organiser en 1990 une exposition pour son cinquantième anniversaire. Alors conservateur des lieux, Etienne Chatton, passionné de sciences occultes et de mythologie, a une ambition: y implanter un centre international d’art fantastique. «Comme des joyeux lurons, nous sommes allés voir Giger à Zurich pour le convaincre d’exposer. Il a accepté et le succès a été foudroyant», témoigne Barbara Gawrysiak. Plus tard, celle qui siégeait alors au Conseil de fondation du Château propose à l’artiste d’acheter le Château Saint-Germain attenant, naguère demeure du ministre des Finances des comtes de Gruyères, pour y installer son propre musée.

HR Giger se laisse facilement convaincre et son musée ouvre ses portes en 1998. Il contient la plus grande collection existante de ses œuvres – peintures, sculptures, mobilier, décors de cinéma – provenant de différentes périodes. Les visiteurs se replongent dans Alien et Alien 3, Dune, la Mutante, Poltergeist 2. Le bar attenant est également décoré de ses sculptures biomécaniques, reconnaissables entre mille.

Mais évidemment que cette implantation ne passe pas inaperçue dans la cité comtale, plus fière de ses pavés, remparts et géraniums que de l’art fantastique de HR Giger. «Il a été accueilli avec une extrême méfiance car les habitants ne s’identifiaient pas à son œuvre», raconte Monique Durussel, journaliste indépendante et conseillère communale à Gruyères, en charge de la Culture et du Tourisme. Les autorités grincent des dents mais tolèrent cette présence car les visiteurs viennent de loin pour admirer les œuvres de l’artiste, ce qui contribue à améliorer la fréquentation du site. Mais ça s’arrête là.

Les relations entre le château et le musée Giger ne sont pas mauvaises, mais il n’y a jamais eu de véritables synergies entre les deux espaces, si ce n’est la vente de billets combinés. Et après de grandes expositions temporaires consacrées à Rosinski ( Thorgal), Patrick Woodroffe, John Howe (Tolkien), l’art fantastique ne semble plus être une priorité pour le château de Gruyères. On est en tout cas loin de l’idée d’Etienne Chatton de faire des lieux un centre international d’art fantastique. Un nouveau conservateur est en train de prendre ses quartiers. Filipe Dos Santos estime que la composante fantastique fait partie de l’histoire du château. Une salle y est consacrée. «Mais son développement est actuellement à l’étude», avoue-t-il.

HR Giger aussi avait de grandes ambitions pour son propre musée, «qu’il a abandonnées au fil des ans, comme la construction d’un train fantôme», indique Monique Durussel. Par contre, il a toujours aimé Gruyères. Et il était régulièrement présent puisqu’il possède un appartement sur place. «C’était quelqu’un de modeste et de très simple, raconte encore Barbara Gawrysiak, qui a été la première directrice du musée. Mais il vivait retiré et ne sortait pas très volontiers. Il lui arrivait juste parfois de venir à la rencontre des visiteurs car il était conscient qu’il avait un public énorme».

Une nouvelle exposition temporaire de Friedensreich Hundertwasser s’ouvre le 24 mai.