Il y a dix ans, dans «Le Come-back», il incarnait une ex-star des eighties tentant de composer un tube pour une jeune chanteuse à la mode. Un rôle sympathique dans une comédie romantique qui l’était tout autant… et portait un titre prémonitoire: après une décennie de disette, Hugh Grant a décroché l’an dernier – grâce à Stephen Frears et son enchanteur «Florence Foster Jenkins» – l’un des meilleurs rôles de sa carrière. Avec comme conséquence directe une quatrième nomination au Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie, qu’il a déjà remporté en 1995 pour «Quatre mariages et un enterrement». La cérémonie a lieu le 8 janvier et, dans la foulée, le Londonien devrait être nommé aux Oscars. Pour la première fois.

S’il fut l’un des comédiens les plus populaires des années 1990, Hugh Grant n’a étonnamment reçu, outre ledit Golden Globe, qu’une seule récompense majeure: la Coupe Volpi de la Mostra de Venise. C’était en 1987 pour Maurice, de James Ivory. Dans le rôle d’un jeune aristocrate obligé, dans l’Angleterre des années 1910, de refouler son homosexualité, il était bouleversant de justesse.

Abonné aux comédies romantiques

Hugh Grant, c’est d’abord un sourire. Lorsqu’il dévoile ses dents, incline légèrement la tête et accentue un regard naturellement mélancolique, les filles se pâment. Son physique a quelque chose d’intemporel le rendant parfaitement soluble dans les films en costumes. Il a une classe naturelle héritée de ses parents, tous deux descendants de grandes familles militaires. En parallèle à Maurice, ce licencié en littérature anglaise d’Oxford tourne Sur la route de Nairobi, drame colonial de Michael Radford, avant d’être engagé par l’iconoclaste Ken Russell pour son adaptation du roman de Bram Stoker Le Repaire du ver blanc. Il est ensuite Lord Byron dans Rowing with the Wind, puis Frédéric Chopin dans Impromptu. Roman Polanski lui offre alors un rôle dans le sulfureux Lunes de fiel, et qu’il retrouve James Ivory pour Les Vestiges du jour. On est en 1993, le voilà à l’aube d’un beau parcours dans le cinéma d’auteur, pense-t-on. Mais le succès colossal de Quatre mariages et un enterrement, qui révèle sa fibre comique, change tout.

Le voilà désormais abonné aux comédies romantiques. Il y en aura beaucoup, comme Coup de foudre à Notting Hill (1999), Le Journal de Bridget Jones (2001), L’amour sans préavis (2002) ou encore Love Actually (2003). Tellement, même, qu’en 2004, à la sortie de Bridget Jones – L’Age de raison, il déclarera penser à mettre fin à sa carrière. «Le danger, avec ces films, c’est de rester sur le registre sentimental jusqu’à la nausée, expliquait-il en septembre dernier, invité au Zurich Film Festival. Jouer des gens compliqués, des sales types, c’est bien plus intéressant.» A 56 ans, le comédien se juge trop vieux pour continuer à faire croire qu’il est un jeune premier. «J’ai de l’affection pour certaines des comédies romantiques que j’ai faites, mais ce n’a jamais été mon genre préféré. Je ne me suis jamais dit: «Je meurs d’envie d’en faire une autre.» Il se trouve qu’elles faisaient simplement partie des meilleurs scripts que je recevais.» Hugh Grant, ou le malheur d’avoir la tête de l’emploi.

Cannibale post-apocalyptique

Depuis Le Come-back, on a un peu perdu la trace de celui qui, malgré une arrestation en 1995 à Los Angeles pour attentat à la pudeur et une vie sentimentale agitée (il est père de quatre enfants nés entre 2011 et 2015 de deux femmes différentes), est toujours vu comme un gendre idéal. C’étaient sans compter sur les sœurs Wachowski, qui lorsqu’elles se lancent en 2012 dans un ambitieux projet se déroulant entre 1849 et 2321, Cloud Atlas, lui confient six rôles de méchant. Il s’éclate notamment, méconnaissable, dans la peau d’un cannibale post-apocalyptique. Le rôle le plus difficile de sa carrière, dit-il. «J’ai dit oui sans réfléchir et soudain, me voilà au sommet d’une montagne quelque part en Allemagne, avec la tête rasée, des peintures de guerre, une peau de lion, des fausses dents. Et je dois regarder avec gourmandise quelqu’un en train de se faire tuer… Je ne savais pas du tout comment jouer ce personnage.» Mais il adore cette expérience, lui qui au début de sa carrière pensait qu’il fallait entraîner son texte devant un miroir et étudier en profondeur les scripts. Avant de comprendre tardivement qu'«il faut avoir le courage d’inventer quelque chose, en fonction des circonstances, lors du tournage. Si vous jouez ce que vous avez répété, c’est mort.»

Cloud Atlas lui fait l’effet d’un électrochoc. Il refuse ensuite – la meilleure décision de sa carrière – d’apparaître dans le troisième et désolant Bridget Jones, avant d’accepter la proposition faite par Stephen Frears de devenir le dévoué mais volage époux de Florence Foster Jenkins (1868-1944), cette riche héritière new-yorkaise qui se prenait pour une grande chanteuse lyrique. Ce scénario «bien écrit, à la fois drôle et triste», et lui offrant «un personnage avec des nuances», il ne pouvait le refuser. D’autant plus qu’il devait donner la réplique à l’immense Meryl Streep. «C’est comme jouer au tennis avec Roger Federer, vous devez hausser votre niveau», compare-t-il. L’Américaine a été nommée dix-neuf fois aux Oscars. Hugh Grant attend son heure de gloire, qui devrait enfin arriver.


Profil

1960: Naissance à Londres

1982: Fait ses débuts dans un téléfilm intitulé «Privileged»

1987: Reçoit la récompense du meilleur acteur au festival international de Venise pour son rôle d’homosexuel refoulé dans le film «Maurice» de James Ivory.

1994: Cartonne grâce à la comédie romantique «Quatre mariages et un enterrement»

1995: Se fait arrêter par la police pour «exhibition sexuelle» («misdemeanour lewd conduct in a public place») à Los Angeles