Caractères

Hugo océan

Des cathédrales aux «gilets jaunes», l’auteur de «Notre-Dame de Paris» et des «Misérables» continue de faire entendre sa voix

«Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents.» Cette phrase, tirée d’une oraison funèbre prononcée par Victor Hugo, semble taillée sur mesure pour l’écrivain géant.

Victor Hugo repose au Panthéon depuis mai 1885. Et pourtant, il est partout, encore et toujours. Sa voix ne s’éteint pas, malgré les années qui passent. «Il y a des hommes océans en effet», écrivait-il à propos de Shakespeare. «Saperlotte»! Il faut bien reconnaître que la formule lui va comme un gant.

Que brûle Notre-Dame, et le voilà qui ressurgit pour redonner, au temps, sa profondeur et, à l’architecture, tout son sens: «Chaque flot du temps superpose son alluvion, chaque race dépose sa couche sur le monument, chaque individu apporte sa pierre. Ainsi font les castors, ainsi font les abeilles, ainsi font les hommes. Le grand symbole de l’architecture Babel, est une ruche», proclame Notre-Dame de Paris, le grand roman populaire que tous s’arrachent depuis l’incendie du 15 avril.

Lorsque François Ruffin fait J’veux du soleil, un film sur les «gilets jaunes», c’est encore à Hugo et à L’Homme qui rit qu’il emprunte un exergue: «C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches.» Et voici que Les Misérables, après les films et les chants, se mue en série télévisée.

Extraordinaire actualité de cette plume. Peut-être parce que le poète des Contemplations était conscient de la puissance de son art: «Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant. La main du songeur vibre et tremble en l’écrivant.»

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Sans doute aussi parce que Hugo avait beau être immense et dévorant – «j’aime tout; je n’ai pas de préférence dans l’idéal et dans l’infini; je ne fais pas le délicat; je ne fais pas le difficile; je ne fais pas la petite bouche; je suis le Gargantua du beau» (Post-scriptum de ma vie) –, il n’en portait pas moins attention aux tout petits, aux plus humbles, aux misérables: «La question est dans ceux qui souffrent, dans ceux qui ont froid et qui ont faim. La question est là», dit-il à l’Assemblée nationale. Et «je crois aux enfants comme on croyait aux apôtres», ajoute-t-il dans L’Art d’être grand-père.

Encore une phrase tirée de Notre-Dame de Paris: «L’amour est comme un arbre: il pousse de lui-même, jette profondément ses racines dans tout notre être, et continue souvent de verdoyer sur un cœur en ruine.» L’amour et le verbe, l’amour du verbe et de la vie, voilà peut-être le secret de l’éternel retour de Victor Hugo. Capable de continuer à faire «verdoyer» les êtres, quand les cœurs sont en ruine.


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