Il n’a pas fait vibrer les écrans des salles locales, mais cette année, le Festival du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF) a tout de même proposé en ligne une sélection de 18 films, en lice pour un prix du public, et quelques trésors du patrimoine. Parmi les nouveautés, voici huit repérages à guetter sur les plateformes ou en disques.

■ «Dinner in America», d’Adam Rehmeier (Etats-Unis)

Le prix du public, qui peut surprendre, puisqu’il ne s’agit pas du tout d’un film fantastique. C'est la rencontre, dans les registres également partagés de la tyrannie familiale et du rock, d'un chanteur de punk en cavale à peine sorti de prison et d’une fan, qui lui envoyait des photos suggestives, et sur laquelle il tombe sans qu’ils sachent qui ils sont déjà l’un pour l’autre. Illuminée par l’interprétation d’Emily Skeggs, toute de maladresse et de sourires à fondre, cette balade de deux âmes seules, comme Poissonsexe ci-dessous, emporte son spectateur.

■ «Comrade Draculich», de Márk Bodzár (Hongrie)

L’un des succès de cette édition en ligne. En Hongrie dans les grandes heures de la Guerre froide, le pays est sollicité (c’est à dire que ses dirigeants sont sommés sous peine de goulag) de trouver un remède de longue vie au bénéfice du camarade Brejnev, malade. Or, ils suspectent un compatriote parti à Cuba, de passage pour une tournée de don du sang, d’être un vampire: voilà la solution! Maligne, toujours drôle, sans grand temps morts, portée par des acteurs en grande forme, cette comédie de Márk Bodzár mêle histoire des temps communistes et parodie fantastique avec brio.

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■ «Breaking the Surface», de Joachim Hedén (Norvège)

Deux sœurs, attachées comme leur mère à la plongée, se rendent sur un site prometteur, au creux d’un fjord. L’une d’elles se retrouve bloquée à 30 mètres… Le Norvégien Joachim Hedén exploite sous toutes les coutures la situation ainsi posée, avec une minutie qui, par tranches, façonne un brillant suspense. Les amateurs de plongée, ceux des intrigues aquatiques et les chasseurs de découvertes scandinaves ont un nouveau joyau à ajouter à leur collection.

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■ «Poissonsexe», d’Olivier Babinet (France)

Dans un institut de recherche au bord de la mer, le chercheur senior (Gustave Kervern) s’obstine à croire qu’il trouvera des poissons. Nous sommes dans un futur sans doute moins lointain qu’on ne l’imagine, et les mers sont presque vides dans le genre animal. Le rêveur solitaire se découvre une proximité avec la vendeuse de l’épicerie du coin (India Hair), et il découvre une petite créature maritime à pattes qui semble le comprendre… Une belle rencontre de deux solitudes.

■ «The Twentieth Century», de Matthew Rankin (Canada)

Au tournant des années 1920, les (més)aventures de William Lyon Mackenzie King, petit politicien convaincu (sa mère lui en a fait la prédiction) qu’il deviendra premier ministre du Canada. L’homme a vraiment existé et à dirigé le pays à plusieurs reprises, lors de trois périodes. Le film de Matthew Rankin ne s’embarrasse toutefois guère de réalisme historique. Dans une esthétique de BD biscornue, en deux dimensions, tirant vers l’expressionnisme, il déploie une fable grinçante sur ce Canada encore dans l’orbite de l’empire britannique, alors sous forme de «dominion» – mais l’on comprend que le propos satirique dépasse la période donnée…

■ «Detention», de John Hsu (Taïwan)

En 1962, Taïwan est sous la coupe du Kuomintang, soutenu par les Eats-Unis. Toute activité soupçonné de communisme est pourchassée, la liste des lectures bannies s’allonge tous les jours. Dans un lycée, des élèves et quelques enseignants se retrouvent dans un club de lecture clandestin. Un soir, deux étudiants s’égarent dans le bâtiment et s’y trouvent enfermés. Au fil des intrigues, mêlant passé, présent et avenir, se noue un drame de liberté et de trahison… Basé sur une narration complexe, Detention croise les aspirations et les mutilations de l’histoire, sur une superbe musique de Weifan Chang.

■ «AV The Hunt», d’Emre Akay (Turquie)

Une femme surprise en plein adultère par son policier de mari est pourchassée, avec d’autant plus de hargne et de moyens que l’homme mobilise famille et moyens de la police… Elle fait face, mais la traque, alors qu’elle cherche à gagner Istanbul, se révèle sans fin. Revival dans les montagnes de Turquie, AV The Hunt souffre parfois d’un manque de tension, d’un rythme un peu plat. Cependant, cette tentative de survie convainc par son propos sans concession sur la place des femmes dans le pays.

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■ «Jumbo», de Zoé Wittock (Belgique)

Un de ces films qui se résume en une phrase: une jeune femme tombe amoureuse d’un manège. On peut préciser que dans cette campagne, elle entretient une relation complexe avec sa délurée de mère, qu’elle a toujours connu la fête foraine du coin, qu’elle commence à y travailler, et que «Move It», l’installation en question – grandes secouées par groupes sur des rangées de sièges qui valdinguent – est nouvelle, intrigante… La Belge Zoé Wittock s’est lancée dans une aventure sentimentale de chair et d’ampoules qui pourrait tourner au ridicule. Mais son absence de compromis, son ton posé d’emblée et tenu, font de ce Jumbo une grosse surprise.

Nos repérages de l’année passée: 13 films fantastiques repérés au NIFFF