Le village de Grana, dans les Alpes italiennes, comptait jadis 183 habitants, avant qu’une route ne soit construite pour faire venir les touristes, mais ne finisse par attirer les montagnards en plaine. A l’été 1984, 14 personnes vivent encore à Grana. Bruno, 12 ans, est le seul enfant, il aide à la ferme, garde les vaches. Arrive Pietro, jeune Turinois du même âge. Les deux gamins deviennent amis, gambadent dans les prés, grimpent sur les rochers, goûtent au roboratif plaisir des lacs de montagne. Bruno rebaptise Pietro en Berio – «ça veut aussi dire pierre, mais en dialecte».

Chaque été, ils se retrouvent. Le père de Pietro aime partir en randonnée avec les deux gamins, d’autant plus que Bruno est solide et ne rechigne pas à l’effort. Et si la famille l’emmenait en ville, afin de le scolariser et de lui donner une chance? Mais finalement, le père de Bruno l’emmènera travailler sur les chantiers… Narré en voix off par Pietro, Les Huit Montagnes évoque le temps qui passe et les amitiés qui évoluent. Irrémédiablement attiré par la montagne, le citadin reviendra toujours à Grana, retapant à la trentaine une ruine avec Bruno. Celui-ci est devenu paysan de montagne, et même si c’est fastidieux il continue de traire les vaches à la main.

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Réalisé par les Belges Felix Van Groeningen et Charlotte Vandermeersch, Les Huit Montagnes est adapté du roman éponyme publié par Paolo Cognetti en 2016. Plutôt que de sublimer à tout prix les vastes paysages qui servent de décor à une histoire en forme de récit d’apprentissage, le duo a choisi une image carrée restant au plus près des personnages. De même, malgré la longueur du film (2 heures 27), il recourt régulièrement à des séquences relativement courtes résumant en quelques minutes un événement, voire carrément une saison, élaborant dès lors un récit impressionniste diffus qui permet de transcender les émotions. Sans qu’on le voie venir, leur film émeut profondément.