Les Humanoïdes Associés, l'un des principaux éditeurs de bande dessinée francophones, entame le transfert d'une partie de ses activités de Paris à Genève, dans les domaines de la fabrication des albums et de la comptabilité: dans une première phase, six personnes vont être recrutées sur place. «L'idée est d'établir à terme le centre européen des opérations des Humanoïdes en Suisse», commente le président de l'entreprise, Fabrice Giger, basé actuellement à Los Angeles pour y diriger le développement de son Humanoids Group aux Etats-Unis.

Les «Humanos», comme tout le monde appelle familièrement l'éditeur, publient des auteurs célèbres comme Frank Margerin, Moebius, Milo Manara, le Genevois Daniel Ceppi ou Enki Bilal, le «best-seller» de la maison. Sa gloire remonte aux seventies, avec notamment la sortie en 1975 du magazine Métal Hurlant. La société est suisse depuis sa reprise début 1989 par le jeune entrepreneur genevois Fabrice Giger, qui a alors 24 ans, mais ses activités restent alors centrées à Paris.

Production audiovisuelle et cinématographique

Le mouvement se limite pour le moment au secteur de la bande dessinée, qui est l'activité la plus connue du groupe, mais qui n'emploie qu'une vingtaine de personnes, plus cinq aux Etats-Unis. Le reste du Humanoids Group, constitué progressivement par Giger autour des différentes formes de l'image, est actif dans la production audiovisuelle et cinématographique, le film d'animation et les images de synthèse 3D, à travers plusieurs sociétés dont Métal Hurlant Productions, Sparx ou MediaPegs. Le groupe emploie au total 600 personnes, dont 300 dans deux gros studios d'animation au Vietnam.

Dans ce contexte, les Humanoïdes Associés souhaitaient s'implanter dans une ville à vocation plus internationale que Paris, trop centrée (dans le domaine de l'édition) sur la France et la francophonie. «Nous avons songé à Bruxelles, explique Fabrice Giger: nous y avons une société importante, c'est une capitale de la bande dessinée et, surtout, elle se trouve au cœur de l'Union européenne. Mais Genève l'a emporté, pour trois raisons: mon désir de revenir en Suisse dans trois ou quatre ans, quand nos activités américaines rouleront bien, la tradition des arts graphiques importante dont nous voulons profiter en Suisse, et le renouveau de la création en bande dessinée à Genève qui, si elle se cantonne souvent dans la marginalité alternative, n'en dégage pas moins beaucoup d'énergie.»

Haut niveau de la qualité de production en Suisse

«Les Humanos» n'imprimeront pas d'albums en Suisse: «Trop cher.» Mais ils cherchent à Genève un chef de fabrication et des assistants, responsables des relations avec les imprimeries et les photolithographes pour leurs productions francophones et américaines: «Un poste stratégique, insiste Fabrice Giger, pour maintenir la qualité élevée qu'on reconnaît à nos produits. Je pense trouver à Genève des gens du niveau élevé que nous cherchons.» Dans une deuxième vague, avant la fin de l'année, les Humanoïdes déplaceront à Genève leur service de maquette, et recruteront des graphistes. Le service de cession des droits internationaux sera aussi transféré à Genève. La plupart des auteurs maison étant français, le service éditorial restera à Paris.

Le moment de l'implantation des Humanoïdes Associés à Genève a été décidé avant «une période très lourde en croissance» pour le groupe, avec de grosses sorties: le nouveau Bilal à la fin de l'année, 32 décembre (suite du Sommeil du monstre), tiré à 300 000 exemplaires, et l'arrivée début 2002 de nouveaux poids lourds qui ont rejoint les «Humanos»: François Boucq et Jacques Tardi.