Dans les années 1970, c’était une sorte de rite de passage pour les étudiants en lettres: lire A rebours (1884). Ce livre, adulé par Serge Gainsbourg, est un précis du dandysme. Et son héros, des Esseintes, le prototype des rock stars décadentes, à l’instar du reclus sublime joué par Mick Jagger dans Performance ou, plus tard, de Michael Jackson, roi solitaire de son Neverland.

Aristocrate ayant dilapidé sa fortune en plaisirs raffinés, des Esseintes décide de se retirer de la société: «Son mépris pour l’humanité s’accrut; il comprit enfin que le monde est, en majeure partie, composé de sacripants et d’imbéciles.» A la suite de «la plus futile des mésaventures» (un problème d’érection), il donne un somptueux repas de deuil à dominante charbonneuse. Entre des margelles de basalte emplies d’encre, des «négresses nues, avec des mules et des bas en toile d’argent, semée de larmes» servent dans des assiettes bordées de noir des olives mûres de Turquie, du caviar, des poutargues de mulet, des boudins fumés, des sauces couleur de réglisse ou de cirage, des coulis de truffes et autres mets ténébreux…