Genève chante, Genève danse, Genève fredonne. Il suffit de tendre l’oreille pour saisir au vol les notes que les rues font valser dans l’air. Ou du moins tendre son smartphone, afin de repérer les points géolocalisés disséminés à travers la ville, qui renverront les curieux aux chansons liées à leur emplacement géographique. Le procédé n’est pas nouveau. Après avoir fait découvrir les secrets de la Cité de Calvin via plusieurs parcours thématiques l’année dernière, les Bibliothèques municipales (BM) font désormais la part belle à la chanson à partir du samedi 28 mai. La cité du bout du lac n’est en effet pas qu’une ville d’histoire, mâtinée de protestantisme, de diplomatie et de secret bancaire. Hypercity-Pop Genève est là pour tordre le cou aux clichés, ceux qui dépeignent Genève comme une ville froide, mortifère et grise.

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La révolution hip-hop

Nic Ulmi, porteur du projet au sein des BM, a cartographié et répertorié plus de 300 morceaux qui évoquent la ville, que ce soit en textes ou en images. Un véritable travail de fourmi, qui permet de dresser un panorama aussi vaste et complet que possible. Le but: montrer la ville sous un jour différent, ainsi que son évolution au fil des décennies: «Dans l’imaginaire des musiques actuelles, Genève a beaucoup changé au fil du temps. Jusqu’aux années 1980, elle suscite avant tout des sentiments de colère (chez le groupe punk Technycolor), de déprime (chez Marie Laforêt), de nostalgie (chez William Sheller), d’amusement plus ou moins attendri… Ensuite, de plus en plus, elle apparaît excitante par la palette de ses particularités.»

La véritable révolution réside certainement dans l’arrivée avec fracas du rap. Topophile, ce style de musique s’intéresse aux recoins moins célèbres, aux quartiers un peu délaissés par les offices du tourisme. Fini les paysages de carte postale, entre le Jet d’eau, l’horloge fleurie et la Vieille-Ville, et place à la «vraie Genève»: «Avec le hip-hop, un nouveau monde s’est ouvert, confirme Nic Ulmi. Ses représentants ont un fort attachement affectif aux lieux, et une passion pour des facettes urbaines inattendues: barres d’immeubles, parkings, entrepôts, friches industrielles…»

Le collectif de jeunes cinéastes Exit Void s’est par exemple fait une spécialité de rêver Genève autrement, en lui donnant des airs d’ailleurs, histoire de montrer qu’avec un certain regard il est possible de faire éclore des imaginaires qu’on ne lui associerait pas d’habitude. Le tout est de savoir s’y prendre, témoigne Emral Kadriov, membre du collectif, qui a notamment tourné des clips avec des rappeurs du cru, comme Di-Meh, Slimka ou Makala: «Il y a toute une Genève encore méconnue, notamment dans ses habits nocturnes. Et avec un simple palmier et une lumière spécifique, il est possible d’évoquer par exemple un quartier de Miami ou de Séoul en plein Carouge.»

Une ville qui bouge

Si les rappeurs de la SuperWak Clique ont largement participé à populariser Genève en dehors de la Suisse, d’autres artistes célèbrent aussi leur ville de cœur à leur façon. C’est notamment le cas d’Idris Makazu, dont la quasi-totalité de la discographie est une ode aux différents quartiers du canton, de Conches à Meyrin, de Chêne-Bourg à Confignon. Mais le hip-hop n’est pas le seul à chanter les rues et les paysages. L’électro pop colorée de La Colère ou de Gaspard Sommer met également en images certains coins de la ville, comme la Rade, le Jardin botanique ou la grande roue. Comme quoi, pas forcément besoin de s’exporter à Paris, Londres ou New York pour réaliser ses clips.

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Voilà aussi en sous-main le projet d’Hypercity-Pop Genève: montrer que le canton est attractif musicalement parlant. Un postulat que confirme Léo Tardin, jazzman et moitié du groupe Grand Pianoramax: «La ville a beaucoup changé ces quinze dernières années et a acquis un important pouvoir de séduction. Le niveau des artistes a explosé, les écoles sont prestigieuses. Aussi, dans une mégapole, être musicien, c’est de la survie. Ici, il y a un confort qui permet de se concentrer sur sa production artistique.» Genève ne semble donc plus être cette belle endormie du bout du lac. Et Hypercity-Pop Genève pourra se targuer d’avoir contribué à la réveiller.


Hypercity-Pop Genève. Navigations urbaines en clips et en sons, coup d’envoi le samedi 28 mai à 16h à la Bibliothèque de la Cité, Espace le 4e, entrée côté Vieille-Ville, rue de la Tour-de-Boël. A retrouver sur Hypercity.ch.