Introspection

Hypnotiques Flaming Lips

Le groupe du sorcier Wayne Coyne propose, près 
de trente-cinq ans après sa formation 
à Oklahoma City,
 un album flirtant avec des sonorités électroniques

Groupe inclassable, figure majeure de la scène alternative américaine, imprévisible formation scénique fusionnant psychédélisme dada et cirque rock’n’roll… The Flaming Lips, c’est un peu tout cela à la fois, et bien plus encore. A l’heure où les Américains publient leur quatorzième album studio, ils restent toujours aussi à part, dans les marges. On aurait pu croire au mitan des années 1990 qu’ils allaient exploser, devenir un groupe de stade, mais non. A défaut d’être énormes, ils sont néanmoins cultes et essentiels, et c’est déjà pas mal.

Signés par Warner

Il y a quatre ans, The Flaming Lips surprenait avec un album sombre et anxiogène, baptisé avec beaucoup d’à-propos The Terror. Loin de la pop en technicolor qui avait fait sa réputation (The Soft Bulletin, élu meilleur album de l’année 1999 par le Britannique New Musical Express), revenu de ses virées dans des contrées rock auparavant défrichées par Sonic Youth (Clouds Taste Metallic, 1995), le gang emmené par le fantasque et magnétique Wayne Coyne, totalement habité par sa musique, semblait vouloir prouver qu’après pas loin de trente-cinq ans d’activisme, il pouvait encore se réinventer, du moins surprendre.

Oczy Mlody, disponible depuis hier, enfonce le clou. Même s’il est moins ouvertement crépusculaire, ce nouvel effort est lent et introspectif, là où hier la musique du sextet était solaire et extravertie. Il est de plus ostensiblement tourné vers des sonorités électroniques, synthétiques, loin des rugissantes guitares des débuts, lorsque les Américains évoluaient au sein d’une grande famille composée notamment de Yo La Tengo et Guided By Voices, avec Hüsker Dü et Pere Ubu comme figures tutélaires.

Des albums ambitieux

Formé en 1983 du côté d’Oklahoma City, une ville peu connue pour son bouillonnement musical, The Flaming Lips se réclame dès ses premiers enregistrements des cultures post-punk et psychédéliques. Here It Is, album millésimé 1985, attire l’attention de la presse spécialisée. Cinq ans plus tard, le groupe est signé par la puissante Warner. A une époque où les majors gagnent encore beaucoup d’argent, le groupe se voit offrir les moyens de ses ambitions et grave des albums ambitieux. Le guitariste Jonathan Donahue quitte le navire pour se concentrer sur un projet parallèle, Mercury Rev, qui deviendra quelques années plus tard lui aussi culte, à la faveur d’un disque à l’insondable profondeur mélodique: Deserter’s Songs (1998).

Mika sous acide

Les musiciens vont et viennent, mais le capitaine Wayne Coyne tient solidement la barre. The Flaming Lips, c’est essentiellement lui. Trois Grammy Awards plus loin, retourné, il ressemble plus que jamais à un sorcier fou, quelque part entre un Mika sous acide et Tim Burton. Oczy Mlody est un grand disque, en ce sens qu’il ne s’impose pas instantanément, mais dévoile au fil des écoutes des arrangements flamboyants derrière leur apparente neurasthénie. Voir la récente prestation des Américains au late show de Jimmy Fallon pour s’en convaincre.


A écouter

The Flaming Lips, «Oczy Mlody» (Bella Union/Musikvertrieb).

En concert le 31 janvier à Zurich (Volkshaus).

Publicité