L'année passée, sa silhouette gominée captivait l'intelligentsia musicale new-yorkaise à la Frick Collection, avec des lieder japonais. En octobre dernier, son apparition dans le «War Requiem» de Britten fascinait le public du Châtelet, à Paris. En quelques années, le ténor Ian Bostridge – révélé par l'intégrale des lieder de Schubert produite par le pianiste Graham Johnson – est devenu un des meilleurs interprètes de lieder. Il sera ce soir à Lucerne, accompagné par le pianiste Julius Drake. L'occasion de savourer à nouveau la voix de miel et de lait du jeune Anglais dans les «Sechs Gesänge aus dem Arabischen» (Six mélodies d'Arabie), de Hans Werner Henze (né en 1926), jouées pour la première fois en Suisse et précédées par les «Lieder eines fahrenden Gesellen» de Gustav Mahler.

Créées en novembre 1999 au Wigmore Hall à Londres, les «Sechs Gesänge aus dem Arabischen» ont été composées pour Ian Bostridge lui-même. Les deux musiciens se sont rencontrés lors d'une soirée dédiée à la commémoration des 70 ans de Werner Henze, à l'Aldeburgh Festival. Spécialement adaptées à la voix du Dorian Gray du Lied, les mélodies de Henze s'inspirent d'un projet de composition inachevé, commencé durant les années 50 avec le baryton Die-trich Fischer-Dieskau. Une façon de rendre hommage à une des idoles de Ian Bostridge.

Né en 1964, le ténor traîne derrière lui un joli bagage académique. Etudiant en histoire médiévale à Oxford, Ian Bostridge rallie l'Université de Cambridge où il écrit une thèse sur la sorcellerie. Il revient à Oxford comme professeur d'histoire des idées politiques. En quelques années, la carrière de Ian Bostridge s'oriente vers la musique et sa rencontre avec des personnalités de la scène modifie son parcours. Notamment le metteur en scène Deborah Warner, qui lui fait brûler les planches dans «A Midsummer's Night Dream» de Britten, à la Cité de la Musique à Paris notamment.

Liederabend, avec Ian Bostridge et Julius Drake je 31.8, Hôtel Schweizer- hof, Lucerne. Loc. au 041/ 226 44 80 ou sur www.lucernemusic.ch