jazz

Ibrahim Maalouf fait son cinéma

Le trompettiste franco-libanais investit librement la BO d’«Ascenseur pour l’échafaud»

Genre: JAZZ
Qui ? Ibrahim Maalouf
Titre: Wind
Chez qui ? (Mi’ster/Musicora)

La clé de l’énigme, comme dans toutes les bonnes detective strories, est donnée à la fin: «To Miles Davis» décoche la dernière page du livret intérieur. Le grand philosophe Raymond Souplex l’aurait parfaitement exprimé dans sa réplique-culte des Cinq Dernières Minutes: «Bon sang, mais c’est bien sûr!»

«Doubts» rôde autour de Kind Of Blue avec un art consommé de la suggestion . «Questions & Answers» juge pertinent et fécond le parti pris jeuniste de Decoy, tant décrié par les puristes . «Excitement» montre comment on passe du second quintette bouillonnant des sixties, avec un Mark Turner très plausible en épigone épuré de Wayne Shorter, au brouillage de la période suivante.

On n’oublie pas, parce qu’Ibrahim Maalouf est peut-être bien le seul à en avoir les clés par sa pratique virtuose de la trompette à quarts de tons, les références diffuses à Sketches Of Spain ou au Concierto de Aranjuez, intrigante irrigation arabisante de l’œuvre de Miles. Surtout, on est soufflé par l’intelligence de la relation à ce modèle revendiqué qu’est ici la BO d’Ascenseur pour l’échafaud, dans ce Wind qui se veut lui-même l’illustration musicale du film (muet) de René Clair La Proie du vent. Plus que jamais lui-même dans cette mosaïque davisienne, Maalouf a soin d’annexer dans son jeu d’autres paradigmes qui brouillent avec brio l’image scolairement transmise de Miles: la théâtralité volontiers ricanante de Lester Bowie et l’utopie têtue d’un folklore universaliste chère à Don Cherry.

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