Musique

Ibrahim Maalouf: «Le silence me rassure»

Le trompettiste franco-libanais publie «S3NS», un dixième album studio tonique, étiré entre Cuba et l’Orient, qu’il défend la semaine prochaine à Genève. Déjeuner avec un battant qui songe sérieusement à raccrocher son instrument

Il se présente, Ibrahim, vous serre généreusement la main et, droit dans les yeux, explique être ravi d’être là, de vous rencontrer, de partager un repas, de bavarder un peu. On ignore s’il dit vrai. Pourtant, on baisse sitôt la garde, touché par ces bonnes manières si rares dans un environnement où les artistes, pressés à l’absurde, en deviennent parfois discourtois. Pas Maalouf. A Genève pour présenter S3NS, exercice d’hybridations jazz «inspirées par Cuba», le Parisien prend le temps de l’échange pourvu qu’on parle synthèse, création, filiation. «Ce qui fait qu’on est humain, s’amuse-t-il, c’est que certains le sont moins.»

«Rester dans l’artisanat»

Il nous tient la porte alors qu’on entre dans le restaurant que son équipe a choisi: une de ces bonnes tables nichées dans une rue calme du quartier Cornavin. Partout, des hommes en costume sobre, des dames vêtues du meilleur goût. Doudoune en cuir sur le dos, affichant la barbe qu’on lui connaît, Ibrahim Maalouf pénètre là avec l’indolence de qui sait manœuvrer quel que soit le lieu. On l’observe qui salue le personnel, s’inquiète de notre confort, consulte la carte seulement après qu’on a terminé de la survoler. «J’ai été élevé ainsi», élude-t-il, taquin, quand on souligne sa prévenance.