Cinéma

«Iceman», un western préhistorique à Locarno

Ötzi, l’homme préhistorique découvert dans un glacier autrichien, s’invente un destin cinématographique dans «Iceman». Un film plein de bonnes intentions, qui n'a toutefois pas su surprendre le public du Locarno Festival 

Attention spoiler! comme disent les frileux. A la fin du film, le héros meurt. Bon, le drame a eu lieu il y a plus de cinq mille ans, comme on le sait depuis le 19 septembre 1991. Ce jour-là, deux touristes allemands ont découvert un cadavre dans un glacier des Alpes de l’Ötztal. Le corps momifié était celui d’un homme de 45 ans, 1m59, qui vécut entre la fin du néolithique (flèches à pointes de silex) et l’âge du bronze (haches de cuivre). Surnommé Ötzi, cet ancêtre arraché au gouffre du temps est devenu une star de l’archéologie. Aujourd’hui, il tente de devenir une star du cinéma.

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C’est un curieux projet que mène Felix Randau dans Iceman: imaginer la vie et la mort de l’inconnu de Hauslabjoch. Un arc en if et quatorze flèches, quelques récipients et outils de silex, un nécessaire pour le feu, une hotte de noisetier et des habits en peaux de bête ne font pas un scénario. Une omoplate percée d’un trait et une blessure dorsale donnent un début de piste. Sous ses oripeaux vaguement documentaires (authenticité garantie des ustensiles), Iceman est une pure fiction suscitée par «l’envie de plonger dans l’histoire du monde». Différentes hypothèses ont été avancées: Ötzi aurait été berger, forgeron, roi… Le réalisateur allemand privilégie la quatrième, celle d’un guerrier tombé au combat.

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Rhétique ancien

Crime et vengeance: le scénario est celui d’un western. Tandis qu’Ötzi (interprété par Jürgen Vogel, qui a les dents de la chance de la momie de l’Ötztal et l’air ahuri de Christophe Lambert) est parti chasser le chamois, trois hommes sont venus. Ils ont massacré Mme Ötzi, les petits Ötzillons et les voisins, et mis le feu au hameau. Le guerrier s’élance à la poursuite des tueurs. Il les massacre tous avant d’être lui-même tué par un homme du clan adverse.

Au cinéma, Felix Randau a toujours trouvé ridicule les Romains s’exprimant en anglais oxfordien. Donc Iceman, comme La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud jadis, parle une langue préhistorique, en l’occurrence une variante antique du rhétique. Les personnages sont laconiques, les sous-titres inutiles. Tel phonème guttural peut se traduire par «I love you too» et l’on meurt en faisant «gargloïc gurgl gzz» comme partout ailleurs.

Ages sombres

Contrairement au film d’Annaud qui déroule ses fastes de l’Afrique à l’Ecosse, Iceman a été tourné sur les lieux mêmes où gisait Ötzi. Le cinéaste trouvant la nature plus hostile que charmante, la carte postale est proscrite: les paysages sont lugubres, ternes, pluvieux, grisâtres. N’y avait-il jamais un rayon de soleil sur la préhistoire? Iceman reconduit une sombre représentation des temps anciens, macérant dans la peur, l’ignorance et la crasse. Pourquoi ont-ils le visage sale? Ne peuvent-ils se débarbouiller à la rivière toute proche? Accessoirement, l’âge de la pierre semble rudement caillouteux: chaque plan déborde de rocaille…

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Les combats sont impitoyables: on s’éclate la tête, on crève les yeux des vaincus pour qu’ils ne puissent voir les champs de chasse éternelle (cf. John Wayne dans La Prisonnière du désert). Selon Felix Randau, la violence inhérente à l’homme n’a pas changé depuis les âges farouches.

Sinon le progrès est en marche car les femmes ont inventé une troisième position sexuelle. Après la première, celle qui copie les ébats du chien, est venue la deuxième, dite du missionnaire, mise au point par l’héroïne de La Guerre du feu. Quant à Ötzi, érotomane rugueux, il bénéficie d’une nouvelle charmante conjonction dans laquelle Mme Onkr chevauche son partenaire.

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