faut voir

Icône en colère

Libération est un journal chancelant, comme beaucoup de ses confrères. Il n’empêche qu’il conserve sa force de frappe. Mardi, groggy à cause des résultats du Front national aux élections européennes, le quotidien a publié l’une des unes percutantes – et militantes – dont il a le secret. Une Marianne hurlante. Dessinée de profil, comme si elle se regardait dans un miroir. Jolie métaphore pour dire qu’on a mal à la République, que la France se saborde elle-même et qu’il faut réagir. Manière éloquente de réaffirmer que la presse doit savoir sortir de sa prétendue objectivité pour proclamer que l’actualité qu’elle couvre la débecte.

Certains ont trouvé l’image facile, aussi réductrice peut-être que les placards populistes du FN ou de l’UDC. D’autres se sont interrogés sur l’utilité de ce cri. Libé est un canard de gauche, essentiellement lu par des citoyens partageant ses valeurs. Alors, à quoi bon? Le journal exhorte les «acteurs de la société française, politiques ou non», à imaginer une réponse à la montée lepéniste. Le journal espère une secousse collective.

Nouveau coup d’œil à la une. Si les traits de Marianne sont totalement crispés, elle a les cheveux au vent comme lorsque l’on veut suggérer la liberté. Celle de voter pour qui l’on souhaite? Celle de fustiger le choix électoral du «mauvais camp»? Celle de faire des promesses sans lendemain à une nation déprimée? Celle qui résiste en dépit des manquements à l’égalité et à la fraternité.