Depuis qu'il a créé la fondation qui porte son nom, au Château de Vaumarcus dans le canton de Neuchâtel, le peintre et graveur neuchâtelois Marc Jurt y a présenté ses œuvres, à côté d'autres manifestations dédiées à différents artistes et praticiens de la gravure. Aujourd'hui, le travail de Marc Jurt fait l'objet d'une exposition ambitieuse dans la galerie veveysanne Ô quai

des arts.

Un travail qui s'inspire de l'art et de l'artisanat des différents pays visités, surtout les pays d'Asie, Chine, Thaïlande, Japon, Indonésie. L'artiste séjourne d'ailleurs régulièrement à Bali, depuis une vingtaine d'années: «A Bali, j'ai appris à graver sur des feuilles de lontar», explique-t-il. Les œuvres exposées font appel à des matériaux aussi divers et bien assortis que le papier Népal ou le papier Japon, le bois, les pigments, la terre et l'écorce de bananier.

Limites de la séduction

Les compositions comprennent souvent une manière d'idéogramme, un signe mué en pur objet esthétique. L'esthétique est d'ailleurs une caractéristique de l'œuvre de Marc Jurt, qui en assure le pouvoir de séduction et en dessine aussi les limites. Ces limites se font davantage sentir dans le cadre d'une exposition d'envergure comme celle d'aujourd'hui, qui occupe les vastes locaux de la galerie. On préférera les tableaux de moindres dimensions, qui font appel à la gravure, combinée aux pigments et parfois à la sculpture (des objets tournés dans le bois, qui représentent de petits paquets qu'on a envie de palper, dialoguent avec les peintures), aux grandes compositions à l'acrylique, dont la gestualité semble par trop dirigée (Cascade sur pierre bleue, 2004).

On sent que l'artiste se passionne pour les techniques, qu'il expérimente, détourne de leur usage habituel et finit par maîtriser parfaitement. On aimerait presque qu'il se réserve à ce travail humble sur la matière et sur les «idéogramminées», sans chercher à mettre dans ses œuvres tout ce qu'il sent, tout ce qu'il pense, sa relation à l'univers, sa perception des éléments et des forces qui s'exercent ici-bas. La concentration sur le travail de la main laisserait toute latitude à ces différentes forces de venir s'inscrire d'elles-mêmes sur le papier, l'écorce ou la toile.

Marc Jurt, galerie Ô quai des arts, quai Perdonnet 22, Vevey, tél. 021/921 73 77. Ma-sa 14-18 h. Jusqu'au 27 novembre.