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Iegor Gran, au nez et à la barbe du KGB

Le fils de l’auteur dissident Andreï Siniavski retrace l’histoire de ses parents du point de vue de ceux qui les traquaient dans l’URSS de Khrouchtchev. Un roman drôle et touchant

Moscou, 1965. Six agents du KGB investissent l’appartement communautaire où réside la citoyenne Rozanova. Le lieutenant Ivanov l’informe que son mari a été appréhendé et qu’ils viennent inspecter sa bibliothèque. Au lieu de s’effondrer et de pleurer, la femme étourdit les visiteurs de remarques incongrues et pose le bébé dans les bras du lieutenant abasourdi. L’homme qui vient d’être arrêté est Andreï Siniavski. La scène ouvre Les Services compétents.

Daniel et Siniavski: depuis leur condamnation au goulag pour activités antisoviétiques, en 1966, ces deux universitaires ont été pour l’Occident les figures même de la dissidence. Ils avaient tous deux fait passer à l’étranger des textes jugés subversifs, signés de pseudonymes, Abram Tertz pour Siniavski, Nikolaï Arjak pour Youli Daniel. Après cinq ans et demi de camp, Siniavski a été prié de quitter l’URSS avec femme et fils. La famille s’est installée près de Paris où l’écrivain est mort en 1997. L’enfant est devenu Iegor Gran, un auteur français dont les livres ont tous été publiés chez P.O.L. En 2003, O.N.G! a reçu le Grand Prix de l’humour noir.