Art contemporain

Les images bougent plutôt bien à Genève

Jusqu'à dimanche, performances, débats et projections en présence des artistes lancent la 15e BIM

Bien sûr, on pourra voir encore les installations et films produits par les artistes invités pour la 15e Biennale de l’image en mouvement. L’exposition se poursuit jusqu’au 29 janvier. De plus, le Centre d’art contemporain (CAC) et le Mamco, qui a prêté son 4e étage, inaugurent un ticket commun (8 francs) permettant de revenir plusieurs fois. Le billet donne aussi accès au Centre de la photographie. La plupart des oeuvres nécessitent en effet du temps pour être appréciées. Mais jusqu’à dimanche, le lancement de la BIM bénéficie de la présence des artistes, elle est vivante, avec des rencontres, des performances, Donc la première visite ne doit pas attendre.

Pour rappel et en raccourci, la BIM, ou Semaine internationale de vidéo lors de ces premières éditions, est organisée par le CAC depuis la disparition du Centre pour l’image contemporaine, en 2009. Elle a pris depuis sa dernière édition un tour nouveau, un jury international proposant à une série d’artistes de produire une oeuvre inédite. Andrea Bellini, directeur du CAC, programme cette édition avec trois curatrices. Cecilia Alemani s’occupe notamment de la High Line Art, un programme lié à la fameuse ligne de métro new-yorkaise transformée en parc, Caroline Bourgeois est responsable de la Pinault Collection et Elvira Dyangani Ose, longtemps à la Tate Moderne, a suivi plusieurs projets de la Fondation Prada.

Un art soucieux du monde

Après un premier tour dans l’exposition, et sans avoir vu une série de films projetés, ni bien sûr de performances, un ton s’impose, celui d’un art contemporain proche du documentaire d’auteur, d’un art en tout cas soucieux du monde et qui a du coup largement brisé les miroirs où il se complaît trop souvent à chercher sa propre image. On pourrait même lui reprocher au contraire de ne plus chercher ses propres dispositifs, à ne plus se soucier de permettre la polysémie et l’appropriation du sujet par les spectateurs.

Après cette première visite, des images marquent. Comme ces gracieuses démonstrations d’arts martiaux qui ponctuent le film de Wu Tsang, Duillian, montré dans une grande salle aux rideaux cramoisis. L’artiste américain rend hommage à des féministes chinoises, notamment la poétesse révolutionnaire Qiu Jin, qui maniait le sabre. The Burial of the Dead est un triptyque de la Portugaise Salomé Lamas dont les images ont été tournées à la Rinconada, au Pérou, à plus de 5000 mètres d’altitude. Dans des mines d’or sauvages, des hommes perdent leurs âmes et leurs vies. Images à la fois belles et morbides, témoignages écoeurant sur les grigris et des offrandes utilisés pour conjurer la mort, trouver l’or. Avec Exquisite Corpse, Kerry Tribe a filmé la rivière près de son atelier qui porte le même nom que la ville, Los Angeles. Soit 51 minutes pour 51 miles jusqu’au Pacifique. Une rivière qui ne se laisse pas toujours réduire à un filet d’eau au fond de deux pans de béton.

Oeuvres appelées à circuler

Si quelques films ont déjà été bien accueillis à Locarno et Venise, toutes les oeuvres circuleront dans des rendez-vous organisés un peu partout dans le monde par la Biennale, à commencer par le Palazzo Grassi vénitien. Par ailleurs, les Fonds cantonal et municipal d’art contemporain collaborent pour aider à la production et acheter quelques oeuvres (trois sur les 22 montrées en 2014). Et des copies de toutes sont gardées pour consultation au FMAC.

Ce mercredi est dévoilé le Prix Generations, attribué à un des 64 films d’étudiants envoyés par 12 écoles d’art dans le monde. Il tournera en boucle au cinéma Dynamo du CAC. Son auteur bénéficiera d’une bourse pour un nouveau projet visible lors de la 16e BIM. Jusqu’à dimanche, des premières de films sont proposées au cinéma Spoutnik, des performances au Théâtre de l’Usine (TU) et au Zoo. Celle qui réunit John Armleder et Stephan Eicher sera donnée deux fois, samedi à 22h et dimanche à 17h. Une rencontre est aussi prévue samedi avec Apichatpong Weerasethakul dans l’exposition que lui consacre la Haute école d’art et de design dans l’espace Liveinyourhead (rue Général-Dufour). Le Thaïlandais, Palme d’or 2010 à Cannes, est invité conjointement par la BIM et le festival Tous écrans.


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