L'exposition au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Genève, dédiée au thème de l'apocalypse, mélange avec doigté les ingrédients du «grand frisson», la gravité et une pincée d'humour. La seule image qui ne relève pas de la fiction figure sur l'affiche; la photographie du chantier d'un canal en construction au Pakistan. Un chaos de boue et de terre s'interrompt là où le canal encore à sec, semblable à une voie royale, débute, dont un tournant masque la destination – qui est peut-être le ciel lui-même.

Si les pièces montrées sont donc, selon les mots du commissaire de l'exposition, Philippe Mathez, de la pure fiction, le sentiment que suscite cette mise en scène très efficace est bien réel: d'abord, une curiosité et un plaisir esthétique devant les objets exposés, à commencer par les quatre diagrammes longuement réalisés par Henry Dunant vers la fin de sa vie (ils ont été achevés en 1890). Puis, un amusement à se trouver devant ou plutôt dans la reconstitution d'un salon, dont la réplique dessinée apparaît secouée par un tremblement de terre, dans une publicité tous ménages envoyée par une compagnie d'assurances.

La fin du monde imaginée

Enfin le visiteur est pris de l'inquiétude née du spectacle de tant de catastrophes: les quelque cinquante films de science-fiction visionnés et analysés par les organisateurs de la manifestation, et, pour une part, par le public lui-même, relatent le déroulement de séismes et de guerres, dont la particularité réside dans leur caractère absolu. Ce n'est rien de moins qu'une fin du monde qui est imaginée, et elle conduit, parfois, à un radieux recommencement. L'une des citations qui émaillent le parcours de l'exposition restitue sans doute nos pensées profondes, lorsque nous assistons à un film d'apocalypse, comme Apocalpyse Now de Coppola, J'accuse d'Abel Gance, film précédant de près et annonçant la Seconde Guerre mondiale, ou Metropolis de Fritz Lang: le désastre collectif appréhendé vaut pour le pressentiment de notre propre fin individuelle.

Cette manifestation «millénariste» du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dirigé par Roger Mayou, est liée à deux prétextes. L'un est le don au musée des diagrammes du fondateur de la Croix-Rouge, Henry Dunant, merveilles d'art brut et de contorsions religieuses, inspirées par le Livre de Daniel et l'Apocalypse. Restaurées, ces grandes planches seront visibles jusqu'en novembre, avant de rejoindre les dépôts, à cause de leur fragilité. Deuxième prétexte, le centenaire du premier Nobel de la paix, remis en 1901 à Henry Dunant.

Apocalypse 01. Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (av. de la Paix 17, Genève, tél. 022/748 95 25). Me-lu 10h-17h. Jusqu'au 25 nov.