Sa trajectoire a été fulgurante, grandiose et tragique. Né en 1940 à Liverpool sous les bombes d’Hitler et tombé en 1980 à New York sous les balles d’un psychopathe, John Lennon reste la rock star ultime. Parce qu’il a fondé les Beatles et que leur musique a changé à jamais le monde, parce qu’il a écrit quelques-unes des plus belles chansons du XXe siècle, mais aussi en raison de sa personnalité complexe et changeante.

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Tour à tour enfant mal-aimé, cancre prodigieux, rocker teigneux, minet sarcastique, vedette pop proprette, hippie à lorgnon, activiste politique, féministe, pacifiste, conscience universelle, père au foyer, capitaine de sous-marin jaune, dompteur de morse, cueilleur de fraises éternelles, junkie, jealous guy, saint et martyr, il a évolué et le siècle avec lui. Chacun peut se retrouver dans ces métamorphoses qui ont accompagné ou anticipé les convulsions culturelles et politiques des années 1960 et 1970.

Emule d’Elvis Presley, héritier de Lewis Carroll, John Lennon a trouvé les mots, les mélodies et l’attitude susceptibles de catalyser les aspirations à la liberté d’une génération étouffant dans la grisaille de l’après-guerre. Avec Paul, George et Ringo, il a composé la bande-son des sixties et levé ce tsunami qu’était la Beatlemania. Dans leur sillage, des milliers d’adolescents se sont armés de fleurs et de guitares.

Le plus rebelle et le plus génial des Beatles est passé de façon chaotique de l’adolescence à l’âge adulte. Il a connu des crises, des deuils, des problèmes d’addiction, il a bu plus que de raison, sombré dans le désespoir, appelé au secours, brûlé parfois ce qu’il avait adoré, renié même les Beatles et le rock’n’roll. Au fil des épreuves, il a grandi. L’adolescent bagarreur s’est mué en apôtre de la paix, chantant All You Need Is Love et Give Peace a Chance. Le macho britannique, grand consommateur de groupies, a promu l’amour fou en compagnie de sa compagne Yoko Ono et clamé que la femme est «l’esclave des esclaves».

Il a composé un hymne universel, Imagine, promouvant un monde sans guerres ni religions. Ce rêve semble toujours plus difficile à réaliser. Pourtant la chanson utopiste s’élève toujours dans les rassemblements pacifistes. Peut-être qu’un jour enfin le monde sera un?

Après la séparation des Beatles, John Lennon a chanté que le rêve était fini. Il s’est trompé. Le rêve se poursuit. Les chansons des quatre de Liverpool restent aussi belles qu’au premier jour, la lumière des années 1960 nous parvient encore. Quarante ans après sa disparition brutale, John, notre guide fantasque, notre grand frère trop tôt disparu, reste présent.