«La créativité peut-elle sauver le monde?» C’est la question que pose Michel Mayor, Prix Nobel de physique, dans son message d’introduction pour le forum Imagine 2019. L’événement, réunissant des personnalités venues de Suisse et d’ailleurs, a tenté d’apporter quelques éléments de réponse à l’ambitieuse question.

Les solutions aux problèmes de notre planète se trouveraient à la croisée des disciplines: c’est l’idée plantée dans la tête des participants par Ernst Zürcher, auteur du livre Les Arbres, entre visible et invisible. La ténacité de l’arbre est renforcée lorsqu’il se trouve dans une forêt: planter un tilleul et un chêne côte à côte augmentera leur croissance de 31% et de 23%, respectivement.

Tout est donc dans la bonne collaboration: de quoi s’inspirer pour élaborer des projets créatifs. «Il est important de mettre en place un système de racines», enchaîne sur la métaphore de l’arbre le fashion designer valaisan Kevin Germanier. Lorsqu’il parle du soutien des grandes maisons de luxe pour son projet de vêtements durables (il recycle les tissus que les créateurs jetteraient autrement), il insiste sur le fait que «ce n’est plus une histoire de créateurs stars mais d’une équipe avec un but commun».

La signification du moindre geste

Sauver le monde, un défi si immense qu’il peut nous dissuader de commencer par quelque chose et de changer nos habitudes? Ernst Zürcher est confiant: «Il est possible de fournir le moindre effort et d’obtenir des résultats plus que prometteurs, si l’on en croit la loi de Pareto: 20% d’effort suffisent pour obtenir 80% de succès.» Hadi Barkat, créateur du jeu de société Helvetiq et de la maison d’édition du même nom, propose de commencer par des petites actions qui mèneront à des petites réussites, puis d’acquérir assez de confiance en soi pour viser chaque fois un peu plus haut: «La meilleure inspiration, c’est le succès.»

Au-delà des propositions, les participants ont pu mettre en pratique cette force imaginative de la cohésion. Un groupe d’inconnus s’assemble autour d’une table pour un atelier sur «L’art de la fermentation». La collaboration se fait tout de suite ressentir. Se mettre d’accord sur une des deux techniques proposées, s’entraider pour choisir et couper les légumes… Les initiés aident les amateurs, les amateurs complimentent les autres tablées, les conversations se font et se défont. Une cohésion de générations, de formations, de nationalités avec une chose en commun: le désir de créer, de collaborer et de, peut-être, sauver le monde.