Genre: roman
Qui ? Paula Fox
Titre: Les Enfants de la veuve
Traduit de l’anglais par Marie-Hélène Dumas Folio, 275 p.

Née en 1923, l’Américaine Paula Fox avait une mère assez foutraque, et Laura, la détestable héroïne des Enfants de la veuve, lui ressemble sans doute. Avec «sa tête de pivoine» et sa langue de vipère, cette beauté fanée de 55 ans ne cesse de terroriser son entourage et «ne vit pleinement que lorsque les bombes qu’elle lance explosent». On la découvre dans un hôtel new-yorkais où elle vient de débarquer avec son second mari, Desmond, «un lourdaud aux chevilles épaisses» qui se cramponne à ses bouteilles de cognac. Dans la chambre de cet hôtel, avant de s’envoler vers l’Afrique, Laura a donné rendez-vous à sa fille Clara – qu’elle n’a pas revue depuis belle lurette – et à son frère Carlos, un critique musical homosexuel. Leurs retrouvailles, Paula Fox les orchestre en moraliste impitoyable, avec un cadavre dans le placard: la vieille mère de Laura vient de mourir, elle le sait mais elle n’en dira pas un mot… Les Enfants de la veuve est sans doute le roman le plus féroce de l’auteur du Dieu des cauchemars: un huis clos de plus en plus tendu, en présence de personnages empêtrés dans leur amertume et dans leurs secrets, face à cette Laura qui décoche ses mots comme des banderilles. «Nous changeons tous, finira-t-elle par avouer, nous devenons hideux, aussi difformes que les chaussures noires de ma mère.» Les petites phrases de Paula Fox font mouche et son autopsie d’un enfer familial est d’une précision effrayante: un véritable jeu de massacre, dans «une époque de dégoût et de détestation sentimentale».