Classique

Impossible n’est pas GECA

La cinquième saison du Geneva Camerata fait la part belle aux chemins de traverse et aux grands noms. Une signature assumée

Qui l’eût cru? Cinq ans déjà, et une santé solide. En une poignée d’années, le Geneva Camerata s’est fait une place, un nom, et une identité forte. Pourtant, le pari était audacieux. En quittant l’Orchestre de chambre de Genève qu’il a dirigé trois saisons, David Greilsammer aurait pu s’envoler vers d’autres cieux.

Le pianiste, après avoir renforcé sa pratique de direction musicale sous le jet d’eau, au contraire, persiste. Non seulement il reste dans la Cité de Calvin, mais il décide, en compagnie de Céline Meyer, de créer un nouvel ensemble formé de talents polyvalents et mobiles pour répondre à son désir de décapage du répertoire classique. En pleine période de restrictions budgétaires et de crise financière généralisée, personne n’y croit. Pourtant, ça marche. Impossible n’est pas GECA…

Bousculer les codes

Celui qui forgea notamment sa réputation sur des marathons Mozart remarqués possède d’autres atouts dans son jeu. Avec Céline Meyer, il affiche un enthousiasme inoxydable et une imagination prolixe, avec un grand sens du ludique, de la confrontation des genres et de la mise en scène programmatique. A quoi il faut ajouter un beau réseau et un indéniable talent pour l’animer et le médiatiser.

David Greilsammer n’hésite pas à croiser les styles, les arts, les époques et les cultures. Il adore bousculer les codes et entraîner dans son sillon des musiciens et un public friands de découvertes et de pratiques décalées. Sa botte favorite? Surprendre et renouveler une audience de tous bords, aussi tournée vers les familles, les enfants et les personnes dans la difficulté à approcher la musique.

«Concerts sauvages»

Résultat: des programmes métissés où jazz, danse, comédie musicale, musiques du monde, soul ou funk se mélangent en «concerts sauvages». Des rendez-vous où contes, illusionnisme, théâtre d’ombres, aventure percushow ou mini-opéra interpellent les plus jeunes.

De nombreux déplacements sont organisés en Europe entre festivals, villes et salles prestigieuses (l’Elbphilharmonie de Hambourg en bouquet final). Et pour couronner le tout, des artistes de grand renom se laissent séduire par l’éclectisme et la singularité des propositions de l’ensemble genevois.

La saison prochaine papillonnera, à l’image de l’affiche et du logo, dans la fraîcheur des courants impulsés par le chef et la directrice. Sous l’appel de l’«Eveil des sens», les trois séries habituelles de concerts (5 «Prestige», 3 «Sauvages», 3 «Famille» et 3 «Rencontres magiques») rassembleront les talents les plus divers. On ne révélera que les plus connus pour conserver une part de mystère et de surprise.

Le premier enregistrement du GECA

Non, vous ne rêvez pas, le baryton Thomas Hampson sera du voyage. Ainsi que le comédien Lambert Wilson, les contraltos Sara Mingardo et Marie-Nicole Lemieux, le pianiste de jazz Brad Mehldau, la violoniste Patricia Kopatchinskaja, les violoncellistes Gautier Capuçon et Jean-Guihen Queyras (Londres), le pianiste de jazz Yaron Herman (Istanbul) ou le DJ Francesco Tristano (Wiesbaden).

Grande nouveauté enfin: le premier enregistrement du GECA, avec le pianiste Yaron Herman et le batteur Ziv Ravitz, sera l’occasion d’une tournée de 15 dates sous le titre de l’album, Classical & Jazz Madness. Du baroque à l’improvisation jazz en passant par le «grand» répertoire, le choix d’œuvres jouées en live et gravées sous le label Sony représente bien l’esprit transversal de la phalange.

David Greilsammer sera de son côté à la baguette de l’intégralité des concerts de la saison, et parfois au clavier. Quant au public, qui augmente de 10% par an, il ne boudera certainement pas son plaisir, pour un tarif très raisonnable.


Geneva Camerata. Rens. 022 310 05 45.

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