En 1922, Raymond Poincaré fut photographié clignant des yeux entre deux tombes militaires, un rictus au coin des lèvres. On dit qu’il avait le soleil en pleine figure. Ses opposants s’emparèrent de l’image, titrant: «Poincaré, l’homme qui rit dans les cimetières».

Certains, encore, pensent qu’un tirage a valeur de document, qu’un cliché représente la vérité. C’est étrange, cette persistance de confiance dans une société du discours, à l’heure de Photoshop. La remise en cause est quasi absente, contrairement à la relation amour-haine qu’entretient le grand public avec ses journalistes; ceux qui condamnent «cette presse pourrie» sont souvent les mêmes qui affirment «Je t’assure! Je l’ai lu dans le journal/vu à la télé».

Une prise de vue, pourtant, est forcément parcellaire, donc subjective. Chacun y verra ce qu’il veut, à moins que l’on y ajoute une légende. Et là encore, tout est possible: Poincaré est un homme sensible aux UV ou insensible aux morts. Le jeune homme sur cette image hurle sans doute de terreur, dans un contexte de guerre – un autre fuit derrière lui. «Sans information, on pourrait croire qu’il célèbre un but», note Reporters sans frontières. Précisément.

Cette question de l’interprétation des photographies est au cœur de deux expositions qui ouvrent la semaine prochaine. fALSEfAKES collecte les faux-semblants au Centre de la photographie de Genève. Trilogie, au Musée de l’Elysée, revient sur la censure du travail de Christian Lutz par l’Eglise évangélique International Christian Fellowship, qui ne s’est pas reconnue dans ses portraits. Chacun sa vérité.