ÉCRANS

«In the Tall Grass»: un labyrinthe d’herbe qui finit par nous perdre

Avec cette adaptation d’une nouvelle de Stephen King, Netflix nous plonge dans un champ maléfique pendant une heure et demie. Bel effort, jusqu’à ce qu’on tourne en rond

Entre Simetierre ce printemps, le retour estival du clown Ça et la suite de Shining avec Ewan McGregor, prévue en salle fin octobre, l’année 2019 aura vu Stephen King et ses histoires morbides investir les écrans de cinéma. Et Netflix aussi, qui dévoilait, vendredi dernier – et sans grand bruit, il faut le dire, l’adaptation de In the Tall Grass. Une nouvelle co-écrite par King et son fils, Joe Hill, en 2012.

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Entreprise qui a dû d’emblée sembler périlleuse. Parce que In the Tall Grass se déroule, comme son nom le suggère, dans un seul et unique lieu: un champ de hautes herbes, quelque part au Kansas. Pas forcément des plus pétrifiants, on en conviendra. Tout comme la première scène du film, un zoom progressif sur un parterre d’herbe se balançant au gré du vent, sur une musique digne de Psychose. On aurait presque envie de ricaner.

Tiges maléfiques

Et pourtant, la suite a de quoi troubler. Becky et Cal Demuth roulent en direction de San Francisco lorsque, faisant une pause, ils entendent un appel de détresse provenant du champ qui borde la route. C’est la voix de Tobin, un garçonnet visiblement perdu avec ses parents dans cette jungle verte et touffue. Ni une ni deux, le frère et la sœur s’y engouffrent pour les secourir. Vous l’avez deviné: ils ne parviendront pas à en ressortir.

Car au-delà de la difficulté évidente à s’orienter, le champ échappe aux lois de la physique. Les sons se déplacent sans logique apparente, tout comme ceux qui les produisent, ballottés d’un coin à l’autre par une force maléfique. «Le champ bouge tout, sauf ce qui est mort», explique Tobin. Le temps, aussi, semble se tordre comme un roseau. En gros, difficile de ne pas devenir dingue. Un peu comme les spectateurs et spectatrices qui se retrouvent, pendant 1h30, à errer avec eux dans les hautes herbes.

Soleil qui assomme

Mais saluons d’abord la prouesse du réalisateur, Vincenzo Natali, qui donne vie à un agrégat de tiges, filmé en bonne partie sur le terrain au Canada. Orage nocturne, bruissements imperceptibles, vert vibrant ou vert-de-gris lugubre, In the Tall Grass réussit, en quelques minutes, à passer du tableau pastoral américain à la maison hantée en plein air. Ces herbes semblent réellement cruelles et, étonnamment, on ne se lasse pas de les voir onduler – il faut dire que celui qui signait Cube en 1997, un film sur des anonymes coincés dans un cube, avait une certaine expérience dans le huis clos.

Surtout, on s’y croirait: on sent le soleil qui assomme, le sol qui embourbe, les feuilles qui griffent les jambes nues. Etouffant et plutôt angoissant. Tout en exploitant l’épais écran de végétation pour créer la tension – classique –, le film évite d’abuser des sursauts de type «Bouh! C’est moi qui me cachais derrière les buissons!».

Rocher luisant

Mais dans un labyrinthe de hautes herbes, le risque est de tourner en rond. Assez vite, on est fatigué d’entendre les personnages – Cal, Becky et la famille de Tobin sont rejoints par l’ex de Becky, parti à sa recherche – s’époumoner pour se retrouver ou courir comme des poules sans tête. D’autant qu’on ne s’intéresse que moyennement à leur sort.

On serait plus curieux de savoir ce qui se passe réellement dans ce maudit champ, mais rien de moins simple. Il y a cette présence mystérieuse entre les herbes, des corbeaux espions, une église délabrée de l’autre côté de la route… et quand le film dévoile sa pièce de résistance, à savoir un gros rocher gravé type Stonehenge luisant sous la pleine lune, le tout sur une mélopée chamanique, on lève les yeux au ciel. Le film s’est perdu, et nous avec.


In the Tall Grass de Vincenzo Natali, avec Patrick Wilson, Laysla De Oliveira et Harrison Gilbertson. Disponible sur Netflix.

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