Il est bien entendu inutile de rappeler la consubstantialité du jeu vidéo et de la musique, définie à peu près depuis la naissance du premier. Et de même qu'il est difficile aujourd’hui d’imaginer jouer sans bande-son, le domaine même de la musique de jeu tend à une forme d’autonomisation (on a parlé dans ces colonnes du pouvoir psychoactif de plusieurs BO), ou du moins s’apprécie comme un élément majeur de l’expérience ludique.

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Cela a plusieurs conséquences. La première implique que les studios soignent particulièrement leur design audio et leurs compositeurs maison. La deuxième est une force d’attraction: les boîtes de production invitent des musiciens hors les murs à composer pour elles (par exemple Amon Tobin pour un épisode de Splinter Cell en 2005). La troisième est un désorbitage: des musiciens créent des musiques pour des jeux inexistants (par exemple avec The Horrible Plans Of Flex Busterman de Patric C en 1997). La quatrième consiste en une réappropriation et en un piratage, par les musiciens, du hardware et du software (consoles et logiciels) pour imaginer des musiques exogènes.

Prises multiples

C’est ce dernier angle d’attaque que POL a choisi pour son nouveau projet, Inatendo. POL, c’est un pilier de l’électronisme indépendant genevois. Il produit sous son nom propre une techno à la fois généreuse et capable de vous aplatir facilement. Mais il multiplie les chemins de traverse: vers l’electro-pop dans le cadre d’Aeroflot (avec Goodbye Ivan); vers le hip-hop déglingué avec Shokogun; ou encore vers l’ambient extatique (Enoia, avec Goodbye Ivan, encore une fois, et Da Saz). La liste est très loin d’être exhaustive: on notera encore ses collaborations avec Agathe Max et Simone Aubert (le projet Tout bleu), ou avec Cesare Pizzi, le sampleriste des Young Gods (ça s’appelle Sunisit).

Pour Inatendo, ce touche à tout a mis la main sur quatre petites consoles Nintendo DSi. On ne sait pas trop ce qu’il leur fait, mais le résultat est certainement loin de ce qu’imaginait Fusajiro Yamauchi, fondateur de la firme (Kyoto, 1889): tout ici est en coups de lames de basse grésillantes, de conciliabules d’animalcules de synthèse et d’harmonies en constants décalages. Si cela tient un petit peu de la mise à mort du HAL 9000 selon Stanley Kubrick, l’expérience est surtout celle d’un tunnel sensoriel à haut degré d’énergie.


Inatendo. Urgence Disk. Place des Volontaires 4, Genève. Mercredi 19 septembre à 18h.