Françoise Courvoisier, directrice du Poche, est une amoureuse. Qui se retrouve dans la relation flamboyante qu’ont entretenue Anaïs Nin et Henry Miller en 1932, lorsqu’ils se sont rencontrés à Paris. Les deux écrivains partageaient la même vision intense de l’existence et le même rapport décomplexé à l’écriture. Beaucoup d’exaltation, donc, dans A comme Anaïs, création qui s’inspire des deux premières années de leur longue correspondance. Et une belle performance d’acteurs. Olivia Csiky-Trnka a la délicatesse passionnée d’Anaïs, tandis que Frédéric Landenberg restitue à merveille la virilité à la fois puissante et inquiète de l’Américain.

Alors, réussi, cet hommage aux plumes ardentes et séditieuses pour l’époque? Oui et non. Oui, parce que les deux amants nous emmènent dans ces contrées musclées où le verbe se fait chair. Mais non, car le bonheur est sans histoire et qu’une heure quarante de «Je t’aime, moi aussi» n’offre pas une grande marge de progression. Une fois que les deux amoureux sont passés de la lettre au lit et qu’ils ont déclaré à quel point ils aimaient l’amour, la littérature, Dostoïevski et la vie, le spectacle ne fait que répéter ce trend jusqu’au tournis.

Certes, il y a des obstacles sur ce chemin de roses. D’un côté June Miller, beauté flottante dont Henry a fait sa muse et Anaïs son flirt. La belle Austro-Hongroise est présente à travers un portrait dans ce décor réaliste qui raccorde la chambre pouilleuse d’Henry aux ors luxueux d’Anaïs. Autre obstacle? Hugo, le mari de l’écrivaine, banquier confiant et cocu qui emmène sa femme dans le Tyrol…

Mais le verbe demeure dans toute sa vigueur. «Oh la joie d’une femme lorsqu’elle trouve un homme à sa mesure!» s’exclame Anaïs. «Je t’écris sans arrêt, je suis fou de toi!» lui répond Henry, frappant tel un possédé sur sa machine à écrire. Il clame encore: «Nom de Dieu. Tout bouillonne à l’intérieur de moi. Les mots ne suffisent plus. J’ai envie de mordre dans les choses, avec mes dents. Je t’adore. Tu me fais croire que tout est possible.»

C’est beau comme un cadeau. Et de saison. Lorsqu’on sort du Poche, Genève rayonne de tous ses feux de Noël. A l’intérieur du théâtre, la même incandescence semble éternelle.

A comme Anaïs, jusqu’au 22 déc. puis du 10 au 23 janv., Le Poche, Genève, www.lepoche.ch