Série TV

Indira Varma, une Suisso-Britannique à l’assaut des séries

Après «Rome», «Game of Thrones» ou encore «Luther», l’actrice s’invite dans «Carnival Row», épopée fantasy sur Amazon Prime. Née d’une mère romande, l’actrice alterne entre planches de théâtre et succès télévisuels

La scène est restée dans les mémoires. «Je te souhaite tout le bonheur», souffle Ellaria Sand à la jeune Myrcella Baratheon, qui embarque dans un bateau pour Port-Réal. En guise d’adieu, Ellaria l’embrasse. Personne ne le sait, mais ce baiser est empoisonné: Myrcella succombera quelques minutes plus tard.

Redoutable, passionnelle, tout en drapés ocre et boucles féroces, la bâtarde de Dorne Ellaria Sand est une figure emblématique de Game of Thrones. Mais peu savent que l’actrice qui l’aura incarnée durant quatre saisons a du sang… romand.

Scènes sanglantes

Née à Bath d’une mère suisse et d’un père indien, Indira Varma a passé une bonne partie de son enfance dans les Alpes, qu’elle dévalait à skis. Au téléphone, l’actrice de 45 ans évoque ces souvenirs dans un français bluffant, précisant d’un ton réjoui qu’elle a le passeport suisse et rend visite une fois par an à cette branche de sa famille, entre Neuchâtel et Genève.

Mais c’est en Angleterre que la carrière d’Indira Varma décolle à la fin des années 1990, diplôme de l’Académie royale d’art dramatique en poche. Du cinéma d’abord, même si ses premières expériences la frustrent. «Ce que nous faisons bien dans ce pays, ce sont les drames historiques. Les jeunes acteurs font souvent leurs armes dans ces films, mais en tant que femme aux origines mixtes, je n’obtenais pas de bons rôles. Les choses ont heureusement changé depuis: nous avons reconnu que notre histoire n’était pas uniquement blanche, et les castings sont devenus plus représentatifs.»

Si elle s’épanouissait alors plus sur les planches de théâtre que devant la caméra, c’est justement l’aspect fantastique de Game of Thrones, déconnecté de toute réalité historique, qui séduira Indira Varma. Et augurera une étroite relation avec le petit écran. «Je me suis dit que je pouvais y trouver ma place. D’autant que j’avais joué dans une autre grosse production HBO, Rome, avec plusieurs acteurs britanniques qui figuraient aussi dans Game of Thrones

Griffes et fourrure

L’actrice se glisse avec délices dans la peau – dure – d’Ellaria Sand. «C’était fun d’incarner une femme aussi ouverte, enflammée, maîtresse de sa sexualité…» Et qui connaît son lot de scènes sanglantes, comme ce combat mythique dans la saison 4 qui voit son amant, Oberyn Martell, se faire exploser le crâne par un géant. «Nous tournions en Croatie et comme la lumière du jour baissait rapidement, je n’ai eu qu’une prise pour crier, exprimer l’horreur. Là, tu marches purement à l’imagination et tu fais le job!»

Si Indira Varma s’est illustrée dans de plus petites séries britanniques, comme la populaire Luther – disponible sur Netflix, elle souligne les moyens colossaux et le soin du détail inhérents aux grosses productions. A l’image de Carnival Row, récente sortie Amazon Prime qui nous plonge dans un univers steampunk léché où les humains côtoient les fées. Indira Varma y incarne Piety, épouse de politicien et puissant personnage féminin. «Piety est une matriarche ambitieuse qui veut placer son fils à la tête du parti. Si tout ne se passe pas comme prévu, elle prendra les choses en mains. Comme pour Ellaria, la question est de savoir jusqu’où Piety est prête à aller…»

Lire notre critique: «Carnival Row», un piège à fées

Pour marquer l’animalité du personnage, Indira Varma a imaginé ses tenues majestueuses en plumes, griffes et fourrure. Mais avant l’esthétique, c’est le message de cette fable noire qui l’a séduite. «La fantasy permet d’explorer des thématiques politiques et sociales. Carnival Row est une allégorie brutale sur l’immigration, mais intelligente car rien n’y est noir ou blanc.»

Outre les séries, et la pièce qui l’emmène actuellement en tournée à New York, Indira Varma continue d’explorer de nouvelles plateformes, du jeu vidéo au podcast, en passant par le livre audio. «Peu importe, tant que je peux raconter des histoires.»

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