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Une poupée garde-frontière de la Corée du Nord. Une des images postées par le photographe sur Instagram.
© David Guttenfelder

Photographie

«Instagram a changé ma vie de photographe»

David Guttenfelder est un pionnier d’Instagram. Il expose à «Visa pour l’image» ses photographies à l’IPhone de la Corée du Nord

Evidemment, il y a l’image d’une parade militaire, parce qu’il semble impossible d’y échapper dès lors que l’on se rend à Pyongyang. Mais il y a aussi un paquet de cure-dents en épines de porc-épic. Une poupée garde-frontière de la République. Ou les modèles de coupes de cheveux proposées par un coiffeur. Depuis qu’il peut utiliser son Iphone en Corée du Nord, l’ancien correspondant d’Associated Press David Guttenfelder a radicalement changé sa manière de photographier et de diffuser ses clichés. Premier à être élu photographe Instagram de l’année par le magazine «Time» en 2014, le reporter de «National Geographic» revendique un million de followers. Son travail au smartphone est exposé dans le cadre de «Visa pour l’image», à Perpignan.

Le Temps: L’autorisation des smartphones et de la 3G pour les étrangers en Corée du Nord a révolutionné votre pratique. Pourquoi?

David Guttenfelder: La Corée du Nord est un endroit très isolé, qui a peu l’habitude d’être photographié. J’ai eu la chance de pouvoir y suivre la secrétaire d’Etat Madeleine Albright lors d’un voyage officiel en 2000. A partir de là, j’ai eu l’obsession d’y retourner, ce que j’ai fait une cinquantaine de fois. J’ai négocié l’ouverture d’un bureau pour AP en 2011 et suis devenu leur correspondant à Pyongyang, m’y rendant chaque mois. J’ai vu le pays s’ouvrir peu à peu. Lors de mon premier voyage, les vitres du bus et de ma chambre d’hôtel étaient peintes en noir par exemple. Mais en 2013, l’autorisation d’utiliser Internet et les téléphones mobiles a été comme une explosion qui a révolutionné ma vie de photographie. Je me suis mis à utiliser Twitter, Instagram, Foursquare, Snapchat ou Google Maps. Sur Google Maps, tout était vide. J’ai inscrit des noms pour les rues et les places, je me sentais comme un explorateur! Je voulais raconter ce pays et je pensais que les réseaux sociaux étaient la manière la plus sûre d’atteindre le plus grand nombre et la plus grande variété de personnes.

- En quoi cela a-t-il modifié votre pratique photographique?

- Utiliser un petit appareil permet de prendre des images plus sensibles car c’est beaucoup plus discret. Les gens là-bas n’ont pas Internet mais ils prennent beaucoup d’images avec leurs téléphones, ils sont habitués à cela. Comme j’avais mon Iphone toujours à portée de main, je me suis mis à photographier plein de choses nouvelles, beaucoup de détails. Cela n’a peut-être pas grand intérêt pour la presse mais je me sens responsable de tout montrer de ce pays. Les photoreporters courent toujours vers le plus dramatique. Là, c’est comme un puzzle dont chaque pièce revêt une égale importance. Grâce à la diffusion via les réseaux sociaux, le public me questionne, commente mon travail, etc. C’est comme si je les emmenais en Corée du Nord! C’est une expérience inédite.

- Vous le faites aussi aux Etats-Unis, que nous connaissons mieux. Cela présente-t-il le même intérêt?

- Je préfère photographier les détails de mon quotidien, des personnes qui m’entourent plutôt qu’un rallye de Donald Trump. C’est ce que font les gens, je parle leur langage mais avec regard de photojournaliste.


- Il y a tant de monde sur Instagram; comment se démarquer?

- Il est évidemment difficile de se distinguer mais c’était vrai avant Internet. Les photographes professionnels boudent Instagram mais j’ai senti que cette plateforme allait devenir capitale et je n’ai pas voulu rater le coche.

- Peut-on capitaliser à partir de cela?

- Oui car le nombre de followers me permet de développer ma marque. Toutes les commandes auxquelles j’ai répondu depuis deux ans étaient liées à Instagram. Pour la presse, je livre des photographies qui seront publiées et je poste des images sur les réseaux, ce qui permet d’augmenter les ventes ou l’audience du site web. Quant aux travaux commerciaux, mon dernier mandat consistait pour moitié à fournir des clichés et pour moitié à en montrer trois sur mon compte Instagram.

- Ce qui revient à mettre de la publicité sur votre compte.

- En effet mais je ne l’accepte que si j’ai des connexions avec le sujet. Je ne mettrais pas de photos de parfums ou de chaussures mais je n’ai aucun problème s’il s’agit des activités d’une ONG par exemple.

- Continuez-vous à travailler avec un boîtier?

- La plupart du temps, j’ai mon Canon et mon smartphone, je fais de la vidéo… Je jongle en permanence, j’utilise un peu tous les supports puis je réfléchis après coup à ce qui a du sens.


- L’instantanéité de l’information: un bienfait ou un danger?

- Les deux certainement. Lorsque j’étais aux Philippines en 2013 après le typhon, j’ai photographié un bébé dans un incubateur. Il n’y avait pas d’électricité et quelqu’un pompait manuellement pour le maintenir en vie. J’ai posté son portrait, immédiatement des gens ont réagi et une ONG italienne a pu amener un générateur.

David Guttenfelder: «Coming home», jusqu’au 11 septembre à Visa pour l’image, à Perpignan.

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