«Je me demande souvent quel serait le comportement de Mahomet en 2006 à Zurich.» Aladin est originaire de Bosnie-Herzégovine et installé dans la ville alémanique. Il poursuit: «Les musulmans ont une faculté d'adaptation que beaucoup peuvent jalouser, mais les efforts doivent venir des deux côtés.» Ce jeune homme de 29 ans fait partie des six musulmans installés en Suisse rencontrés par Alain Godet. Le réalisateur bâlois en a brossé le portrait dans une vidéo de 30 minutes pour animer la dernière étape de l'exposition du Musée des cultures.

lls s'appellent Aladin, Saïd ou Merve. Ils habitent à Zurich, Genève ou Bâle. Six témoins qui mieux que quiconque illustrent les multiples façons de vivre sa foi et les problèmes rencontrés dans leur quotidien. De nationalité turque et suisse, Merve, 17 ans, vit à Bâle et a décidé de porter le voile. Il y a le regard et les critiques des autres, mais le «Coran est à mes yeux la voie juste de A à Z», explique-t-elle en suisse alémanique. Son choix diffère de celui de Nemya, une femme d'une quarantaine d'années, d'origine irakienne. Elle ne pratique pas, mais respecte les traditions de sa religion. «Il n'est est écrit nulle part dans l'islam qu'une femme accède au paradis uniquement parce qu'elle porte un voile», insiste-t-elle.

Parallèlement, des écoliers de la région bâloise ont livré leurs opinions et questions à la caméra. A cette dernière halte de la visite, censée s'enrichir au fil des jours, résonnent les problèmes d'intégration et d'acception de l'autre. «Est-ce que l'islam est un danger pour la Suisse?» ou encore «Doit-on parler de préjudice porté à la femme?» A 18 ans, cette étudiante est sceptique: «En tant que femme, je ne pourrais vivre dans une société où tant de barrières sont érigées. J'ai aussi de la peine à croire les femmes musulmanes qui soutiennent qu'elles sont heureuses.» Sa collègue tempère. «Reste à savoir ce que signifie «préjudice» et de quelle manière nous sommes influencées par notre regard d'occidentales.» Les interrogations se succèdent. C'est aussi le signe d'une réussite pour l'exposition bâloise.