Cinéma

«De chaque instant», de Nicolas Philibert: soigner, et guérir peut-être

Le cinéaste suit des étudiants en soins infirmiers dans un documentaire qui met du temps à devenir émouvant

Apprendre à se laver les mains et à les désinfecter jusqu’à faire disparaître le moindre germe. Apprendre à lever un patient hémiplégique en bloquant son genou. Apprendre à remplir une seringue et la planter à 90° dans la partie charnue d’un individu. Apprendre des gestes hautement codifiés, des gestes qui aident, des gestes qui sauvent…

La première partie de De chaque instant suit les premiers pas des étudiants d’un institut de formation en soins infirmiers. Nicolas Philibert est un documentariste extrêmement talentueux qui a connu un immense succès avec Etre et avoir, consacré à une année scolaire dans une petite école auvergnate. Il est aussi l’auteur du Pays des sourds, qui donne à entendre le monde du silence, de Nénette, portrait d’un orang-outan, ou de La Maison de la radio, qui explore les coins et les recoins de Radio France.

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Au sujet de La Maison de la radio: Les voix ont des visages

Nicolas Philibert a un talent fou, mais De chaque instant commence par susciter un certain ennui. L’apprentissage des gestes de base n’est pas particulièrement palpitant. Les craintes et les maladresses des étudiants ne suffisent pas à tirer le film au-dessus de l’anecdotique. Une rupture se produit dans la deuxième partie lors d’un stage en psychiatrie, avec l’entrée en scène d’une vieille folle (c’est écrit sur son t-shirt: «Vieille folle à 100%»…) qui converse avec l’infirmier et croise un escargot.

«Le mot juste»

Le film prend son essor dans la troisième partie, faite de dialogues et de regards. Le cinéaste assiste au débriefing des étudiants de retour de stages, et alors le métier se révèle non plus dans sa maîtrise technique mais dans ses dimensions psychologique et philosophique. Certains sortent brisés émotionnellement parce qu’ils ont été confrontés à la mort, aux limites de la médecine et à la réalité du monde ou parce qu’ils ont été mobbés. D’autres jubilent, comme cette joufflue pétulante qui a envie de tout connaître ou cette Algérienne qui a pu mettre sa connaissance de l’arabe au service des patients.

Une étudiante fond en larmes en évoquant une réfugiée venue consulter parce que, contrainte de se prostituer sur le chemin de l’exil, elle craint d’avoir contracté le sida. Les enseignants écoutent, regardent, conseillent. «L’essence de notre travail est de trouver le mot juste», disent-ils. Ils sont admirables. Mais quand ils rappellent à leurs étudiants que le code de déontologie interdit aux infirmiers d’être soumis à un régime de productivité, on peut désespérer en pensant aux conditions de travail dans le milieu hospitalier français…

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De chaque instant, de Nicolas Philibert (France, Japon), 2018, 1h45.

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