Paléo

Les Insus, un succès téléphoné

Aubert, Bertignac et Kolinka ont rebranché les guitares, comme au bon vieux temps où ils s’appelaient Téléphone. Devenus Les Insus, ils déchaînent les foules passéistes. Mais où est Corine, leur bassiste?

«Allez crache ton venin!». C’est sur cette injonction aussi toxique que révoltée que Les Insus – diminutif d'«Insus-portables» – débutent généralement les concerts de cette tournée événementielle qui scelle les retrouvailles de trois des ex-membres historiques du quatuor rock français Téléphone (1976-1986) qui a sévi sous Giscard et Mitterand. Et a été la plus grosse caisse de résonance des injustices sociétales auprès d’une jeunesse en mal d’icônes rock hexagonales.

Comme durant les concerts de Téléphone à Paris en 1981 immortalisés sur disque, comme aux Eurockéennes de Belfort (F) en ce début juillet 2016, la foule devrait bondir à ce premier refrain reconnaissable à Paléo ce vendredi aux alentours de 23h. Tant le retour de Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka semble aussi attendu en terres romandes qu’ailleurs en francophonie, où près de 200’000 billets avaient initialement été vendus en l’espace de deux heures la journée du 7 décembre 2015 pour 21 concerts en salles et 14 en festivals.

L’ombre de Corine

Un succès sans commune mesure pour un groupe français d’après le coproducteur de la tournée Gérard Drouot, cité alors par les agences de presse: «Je n’ai jamais connu cela de toute ma carrière, ni pour AC/DC, ni pour Bruce Springsteen, ni pour U2!». Seule la bassiste Corine Marienneau manque au tableau idyllique de cette reformation qui n’ose porter son nom. Maintes fois annoncées et avortées, les retrouvailles ont fini par se concrétiser en catimini le 11 septembre dernier avec un concert surprise dans le petit club du Point Ephémère à Paris.

«Je n’étais pas au courant. Ce qui est difficile à vivre, c’est le côté répétitif de ces histoires», s’épanche à ce propos la musicienne et ex-compagne éphémère de Aubert et Bertignac dans le Nouvel Obs du 10 septembre 2015. Confiant une nouvelle fois ce sentiment de haute trahison, d’unité absolue brisée, qu’elle avait déjà confessé dans son livre Le fil du temps (Flammarion, 2006) qui avait déplu au reste du groupe.

Relancé par le manager historique du groupe François Ravard, ce best of scénique de Téléphone qui laisse un goût amer en coulisses n’en demeure pas moins d’une redoutable efficacité. Relayé encore par une première intégrale discographique (LT du 23.12.2015), à laquelle Corine Marienneau a en revanche été associée, fédérant au moins deux générations de spectateurs (parents et enfants), ce passé musical réactivé trente ans après sa fin se métamorphose en véritable juke-box ambulant.

Hystérie collective

Mené parfois à un rythme infernal par le batteur Kolinka, dont les coudières soutiennent les frappes véloces autant que les baguettes volantes, le répertoire logiquement téléphoné des Insus s’avère pourtant des plus plaisants. A Belfort, «Argent trop cher», «Hygiaphone», «Au cœur de la nuit», «Ce que je veux» ou «New York avec toi» suscitent l’hystérie collective. Alors que «La bombe humaine», «Un autre monde» et «Cendrillon» appellent de tels chorus d’empathie partagés qu’on en n’entend plus les voix d’Aubert ou Bertignac. Le premier est au piano pour «Le jour s’est levé», le second à l’avant-poste pour «Cendrillon» mais cette fois difficile de se départir de son image de juré en fauteuil rouge de «The Voice»…

Jusqu’au quasi-épilogue «Ça (c’est vraiment toi)» renversant qui laisse la foule aphone, Les Insus alternent les cadences, phases vocales et instrumentales avec un plaisir semble-t-il non feint entre deux murs d’enceintes et autant de grands écrans latéraux jouant sur des visuels noir-blanc et couleurs. Ce passé de Téléphone et ce présent des Insus ainsi réunis n’empêchant pas de se questionner, à l’image du point d’interrogation siglant la grosse caisse de Kolinka, sur la viabilité d’un quartet scénique dont le nouveau bassiste, Aleksander Angelov, est exclu de toute promotion visuelle officielle.


Les Insus, Paléo Festival, ve 22 juillet à 23h; www.paleo.ch

www.lesinsus-portables.net

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